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Enrico Minardi - La conception de la langue poétique chez Pasolini

Premier chapitre:
Pasolini et l’hermétisme: premières approches
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Copertina della rivista 'Primato' del 15 luglio 19431.4.6 Primato

Giuseppe Bottai, alors ministre de la culture, avait fondé Primato en mars 1940 dans le but d’affirmer l’influence culturelle du régime fasciste sur les intellectuels à la veille de la guerre. On peut lire dans son éditorial, "Coraggio della concordia":

"'Primato' chiama a raccolta le forze vive della cultura italiana, e tenta, attraverso un’azione ordinata, concorde e, il più possibile, nobilmente "popolare", di rendere concreto e efficace il rapporto tra arte e politica, fra arte e vita ; col proposito, insomma, di operare un’unione fra alta cultura e cultura militante, fra Università e giornale, fra gabinetto scientifico e scuola d’arte, lavorando nel nome e nell’interesse della patria. " (1)
Pour parler de Primato, il faut avant tout connaître l’œuvre que Bottai a accomplie en tant qu’organisateur de la culture au sein des institutions fascistes.

Bien qu’il soit integré dans l’appareil de pouvoir fasciste, Bottai critique néanmoins sans cesse le conservatisme culturel du régime. Dans les pages de Critica fascista, mais surtout dans celles de Primato (1940-1943), il exerce son influence en fonction de cette ouverture culturelle. Son action rencontre cependant de forts obstacles et des réserves qui proviennent de ceux à qui elle est destinée, les intellectuels. Il était en effet difficile de pouvoir concilier l’obéissance à un état totalitaire et la liberté intellectuelle. Bottai œuvre pourtant pour former une catégorie d’intellectuels qui puissent facilement être intégrés aux structures de l’État. Dans sa conception, la liberté et l’autonomie de la culture trouvent leur raison d’être seulement à condition qu’elles coopèrent au développement de l’État et à l’éducation civique des citoyens. Bottai reconnaît aux intellectuels une fonction idéologique pourvu qu’ils la mettent au service de l’idéologie nationale. En d’autres termes, toute forme d’autonomie culturelle doit, selon lui, être incluse dans une dialectique, dont l’État est l’aboutissement final. Sa réforme scolaire date de février 1939 (Bottai est ministre de l’éducation nationale à partir du 1936). Celle-ci aurait dû être le couronnement de cette stratégie d’hégémonie culturelle du fascisme sur la société, si toutefois la guerre n’avait pas balayé la possibilité de sa réalisation.

Cette vision des rapports entre la culture et l’état provient évidemment de l’idéologie corporatiste de son concepteur (Bottai fut ministre des corporations entre 1929 et 1932). D’après celle-ci, l’État se trouve au sommet de la pyramide sociale et les citoyens, organisés en corporations selon leur catégorie professionnelle, doivent collaborer à son épanouissement.

C’est avec l’éclatement de la guerre que l’ambiguité de cette opération apparaissait de façon manifeste. Le sentiment d’appartenance nationale et la nécessité de respecter l’ordre établi deviennent, à cette époque, des impératifs tels qu’ils écrasent toute possibilité critique à l’intérieur des milieux culturels, en stoppant dès son début tout débat libre et ouvert.

Malgré tout, de réels moments de discussion ne sont pas absents dans Primato. La fonction culturelle de Primato s’est révelé, de ce fait, être l’objet de jugements nuancés. Ces jugements qui ont permis de mettre en valeur les éléments idéologiques autres à l’égard de la culture du fascisme, éléments qui circulaient dans la revue (2). Dans Primato, paraissent d’ailleurs les écrits de narrateurs tels que Bilenchi, Pavese, Gadda, et aussi de jeunes auteurs tels que Brancati ou Pratolini. En ce qui concerne la poésie, aux côtés de Montale, Cardarelli, Quasimodo et Ungaretti, on retrouve les jeunes hermétiques (Luzi, Gatto, Sereni).

On a même pu interpréter cette hétérogéneité culturelle comme représentant le moyen suggéré de remédier concrétement à la propagation des doctrines antifascistes:

" […] il Ministro Bottai creò nel 1940 una rivista di cultura ("Primato") allo scopo di penetrare negli ambienti intellettuali più tetragoni al fascismo, specialmente fra i giovani, e per questo pensò bene di richiedere la collaborazione di giovani scrittori non compromessi con il fascismo […]. Grazie a questa azione lo scopo di "Primato" fu capovolto : da strumento di penetrazione nelle file dell’opposizione per lusingarla e ricondurla addomesticata all’ovile fascista, divenne strumento per rincuorare e rafforzare la resistenza al fascismo […]. " (3)
Si on analyse les éditoriaux et autres articles émanant de la rédaction de Primato, on est en effet frappé par la présence d’éléments idéologiques ouvertement libéraux. Galeazzo Ciano fustige, par exemple, l’influence néfaste de la propagande politique sur les jeunes, en estimant qu’elle ne pourra jamais remplacer aucun véritable travail intellectuel:
" Non esiste una propaganda che possa sostituire il valore intrinseco del lavoro intellettuale. Se anche esistesse io la scoraggerei perché all’interno essa sarebbe dannosa alla disciplina morale ed intellettuale della gioventù. " (4)
L’idée de la nécessité de dépasser les conflits présents entre les états européens transparaît dans plusieurs articles. Leurs auteurs envisagent la possibilité de retrouver une éventuelle unité européenne au nom d’une histoire et d’une tradition culturelle communes. Aux yeux de ces mêmes auteurs, la guerre est justement interprétée comme le moment grâce auquel les habitants de notre continent peuvent reconnaître le destin commun qui les unit.

Giame Pintor in divisa militareOn rencontre ces idées dans l’écrit de Mario Lupinacci " Nozione d’Europa ", où cette conscience culturelle est toutefois liée à la suprématie de l’Italie (5). C’est surtout dans les écrits de Giaime Pintor et dans le débat sur le romantisme qu’on assiste à une réflexion moins conformiste sur la guerre et sur la tradition culturelle européenne.

Dans "Commento ad un soldato tedesco", Pintor critique de manière âpre le mythe allemand de la guerre, en lui opposant la nécessaire responsabilité morale vis-à-vis de la souffrance humaine. (6)

Lors de la polémique provoquée par un article dans lequel Manlio Lupinacci soulevait la nécessité d'"Un nuovo Romanticismo" (7), Galvano Della Volpe, Mario Alicata et Giaime Pintor interviennent pour refuser une telle perspective. Dans leurs écrits, ils soutiennent au contraire que c’est du romantisme que découle la crise culturelle de la bourgeoisie, et ses mythes de la guerre et de la violence qui dominent à leur époque. Ils y opposent une culture fondée sur la solidarité, laquelle, au lieu de tomber sous le charme des chimères et de l’irréalité, prête attention aux véritables conditions socio-économiques de l’Europe et donne donc des réponses plus responsables et moins volontaristes. (8)

Dans Primato, on s’intéresse aussi beaucoup aux jeunes et aux problèmes qu’ils rencontrent, comme celui de l’enseignement universitaire, dont on envisage la réorganisation. Le débat organisé sur ce sujet voit, à ce propos, une participation élevée et variée (9). À coté de ceux qui prétendent à une ouverte soumission de l’université aux directives du régime (10), il y a ceux qui revendiquent l’autonomie des institutions universitaires comme seule et unique condition de leur progrès (11). Même aux jeunes réunis dans les revues de la jeunesse fasciste (GUF) est laissée la possibilité de s’exprimer par des interventions au cours desquelles la condition précaire de l’université italienne est souvent exposée sur un ton dramatique (12).

Il faut, enfin, rappeler l’enquête sur l’existentialisme (L’Esistenzialismo in Italia), à laquelle participèrent toutes les plus importantes voix de la philosophie italienne de l’époque (13). Au lieu de refuser l’existentialisme comme un courant philosophique "trop" européen et décadent, dans les conclusions du débat on l’envisage par contre comme un mouvement culturel fondamental au sein de l’Europe contemporaine. Il est donc nécessaire de connaître l’existentialisme en profondeur pour pouvoir le juger de manière constructive (14).

Dans l’enquête sur l’hermétisme (Parliamo dell’ermetismo), Pasolini pouvait donc lire plusieurs interventions (15) rassemblées afin " di smuovere il terreno per giungere ad un chiarimento utile a tutti ". On ne doutait pourtant pas de " la buona fede […] la serietà […] il loro amore per l’arte letteraria " des hermétiques. Ces raisons étaient considérées comme étant " il motivo unico ma più che sufficiente della nostra solidarietà con loro" (16).

Cependant, les participants au débat proviennent de milieux culturels trop hétérogènes et lointains de la sensibilité hermétique. L’enquête échoue quant à atteindre son objectif, à savoir reconstituer les raisons profondes de la démarche littéraire des hermétiques. Ramat affirme à ce propos :

" Ma si direbbe che l’inchiesta risulti inadeguata sul piano del risultato più ambì to ed atteso, di un inquadramento di oggettiva validità, capace di sostituirsi alla trama soggettiva delle confessioni dei protagonisti della stessa vicenda culturale: che  non  riesca  cioè  a una storicizzazione efficace dei termini della questione […]. La presunzione di "Primato" è che sia possibile giungere all’identificazione di un " volto" ermetico chiamando a testimoniare, nel migliore dei casi, alcuni fiancheggiatori partecipi come De Robertis o Contini, oppure un precursore (poi anch’egli partecipe) qual è Montale. " (17)

C’était à Montale d’inaugurer le débat, en fournissant la justification de ce qui avait souvent enclenché la polémique chez les critiques: l’obscurité des poèmes hermétiques. Son explication est pourtant superficielle puisqu’elle n’appréhende pas le dynamisme du trubar clus hermétique, en montrant de ce fait la différence qui sépare Montale des hermétiques:

"Il supposto poeta oscuro è, nell’ipotesi a lui più favorevole, colui che lavora il proprio poema come un oggetto, accumulandovi d'istinto sensi e soprasensi, conciliandovi dentro gli inconciliabili, fino a farne il più fermo, il più irripetibile, il più definito correlativo della propria esperienza interiore." (18)
Eugenio Montale, Premio Nobel per la Letteratura 1975Montale montre aussi qu’il ne comprend pas la collaboration entre critique et poésie, dont j’ai parlé plus haut, et par conséquent la nouvelle place que l’hermétisme attribue à la critique littéraire. La participation essentielle des critiques à la création poétique, invoquée par les mêmes poètes, est ainsi stigmatisée par Montale: les critiques hermétiques sont
"nella migliore delle ipotesi, […] poeti in nuce, […] collaboratori e partecipi a una poesia che nasce e nascerebbe fors’anche senza questa collaborazione. " (19)
Flora (20) répond à la question de l’obscurité, en la liant à une sorte de réaction au "sentimentalisme" affiché par le romantisme. Pavolini (21) et Bernardelli (22) l’interprètent, au contraire, plus correctement comme le reflet de la "confessione metafisica" qui conditionne de manière radicale la démarche littéraire des hermétiques. Contini (23) partage ce point de vue, mais il refuse la dimension expérimentale et "instable" que cette démarche philosophico - littéraire donne forcément aux compositions des hermétiques:
" È anche acquisito al loro essere gruppo il merito comune d’aver posto un forte accento, tanto più valido quanto meno polemico, sull’esigenza religiosa fondamentale, sul dialogo fitto e senza precedenti con la coscienza. […] Piuttosto, rimprovereremmo alla scuola l’insistenza dogmatica sull’aspetto perpetuamente sperimentale delle sue avventure spirituali […]." (24)
Bocelli paraît par contre mieux comprendre et justifier les aspects formels de l’hermétisme, qui sont le résultat d’une rénovation encore in fieri de la littérature italienne:
"[L’ermetismo] rinnovò continuando : è qui senza dubbio l’importanza storica dell’ermetismo nella nostra poesia […]." (25)
L’écrit de Bocelli invoque d’ailleurs la nécessité – avancée aussi par Cecchi (26) et De Robertis (27) – de lire directement et sans aucun a priori idéologique la poésie et la critique des hermétiques. On découvrira que leur complémentarité est fondée tout d’abord sur l’autoconscience critique qui fonctionne comme moteur unique de l’expérimentation littéraire.

Bocelli dessine alors un tableau de la poésie des années trente, dont l’évolution est fondée sur la prise de conscience progressive par les nouvelles générations des enjeux de la littérature contemporaine:

"[…] come all’orignario sentimento di alacre "naufragio" nel tutto (si pensi al primo Ungaretti), succede via via nei poeti più giovani un sentimento creativo del tempo e dello spazio […], così, ad un autobiografismo ancora un poco impressionistico è venuta sostituendosi una evocatività distaccata e incantata ; così al verso libero è succeduto l’endecasillabo, sia pure rinnovato di accenti e di cesure ; così, infine, alla sintassi ellittica e analogica, una sintassi sempre fortemente scorciativa e allusiva, ma più "tradizionale", e con le analogie spesso risolte in comparazioni." (28)
Cette reconstitution constitue certainement le point où la participation des intervenants aux destins de la jeune poésie est le plus fort. J’ai par contre constaté que le ton général du débat est assez détaché et dépourvu de passion et d’un intérêt véritable.
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NOTE
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(1) G. BOTTAI, « Il coraggio della concordia », Primato, n°1, 1 marzo 1940..
(2) Cf. E. GARIN, La cultura italiana fra ‘800 et ‘900, Bari, Laterza, 1962, p. 263 sg.; G. LUTI, La letteratura nel ventennio fascista, cit., p. 229-273; AA. VV., "Primato", 1940-1943, a cura di Luisa Mangoni, Bari, De Donato, 1977; R. LUPERINI, Il Novecento, Torino, Loescher, 1981, vol. II, p. 348-367..
(3) V. GERRATANA, Introduzione a G. PINTOR, Il sangue d’Europa, a cura di V. Gerratana, Torino, Einaudi, 1950, p. XXVIII..
(4) G. CIANO, « La cultura italiana nel mondo », Primato, n°1, 1 marzo 1940..
(5) Cf. M. LUPINACCI, « Nozione d’Europa », Primato, n°2, 15 marzo 1940..
(6) G. PINTOR, « Commento ad un soldato tedesco », Primato, n°3, 1 febbraio 1941..
(7) M. LUPINACCI, « Un nuovo romanticismo », Primato, n°6, 15 marzo 1941..
(8) G. DELLA VOLPE, « Antiromanticismo », Primato, n°10, 15 maggio 1941 ; M. ALICATA, « Del nuovo romanticismo », Primato, n°11, 15 giugno 1941; G. PINTOR, « Il nuovo romanticismo », Primato, n°16, 15 agosto 1941..
(9) Une enquête est dédiée à cette problématique (Le Università e la cultura) dans les numéros 4-11 en 1941..
(10) Cf. C. PELLIZZI, n°5, 1 marzo 1941 ; P. BIONDI, n°7, 1 aprile 1941..
(11) Cf. C. MORANDI et L. RUSSO, n°4, 15 febbraio 1941 ; G. PASQUALI, n°6, 15 marzo 1941 ; S. TIMPANARO et G. CONTINI, n°10, 15 maggio 1941..
(12) Cf. par exemple l’article de Rivoluzione, la revue de GUF de Florence (n°7, 1 avril 1941)..
(13) Cf. L’Esistenzialismo in Italia, Primato, n°1, 1 gennaio 1943 - n°6, 15 marzo 1943. Parmi les participants, il faut compter : N. Abbagnano, E. Paci, U. Spirito, G. Della Volpe, C. Luporini et A. Banfi..
(14) Cf. surtout le n°6, 15 marzo 1943..
(15) Les participants furent : Montale, Benco, Pavolini, Flora, Linati, Bernardelli, Contini, De Robertis, Alvaro, Angelini, Bontempelli, Pellizzi, Cecchi, Bocelli, Titta Rosa, Bartoletti.
(16) Parliamo dell’ermetismo, Primato, n°7, 1 giugno 1940..
(17) S. RAMAT, op cit., p. 284-285..
(18) E. MONTALE, Primato, n°7, 1 juin 1940, p. 7..
(19) Ibid., p. 7..
(20) Primato, n°7, 1 giugno 1940..
(21) Primato, n°7, 1 giugno 1940..
(22) Primato, n°7, 1 giugno 1940..
(23) Primato, n°7, 1 giugno 1940..
(24) Ibidem (maintenant in G. CONTINI, Esercizî di lettura, cit., p. 383-386)..
(25) Primato, n°9, 1 luglio 1940..
(26) Primato, n°8, 15 giugno 1940..
(27) Primato, n°8, 15 giugno 1940..
(28) A. BOCELLI, « Parliamo dell’ermetismo », Primato, n°9, 1 luglio 1940.
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Enrico Minardi, La conception de la langue poétique chez Pasolini
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