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I contributi dei visitatori Enrico Minardi - La conception de la langue poétique chez Pasolini Premier chapitre: Pasolini et l’hermétisme: premières approches . . 1.5.2
Des intellectuels entre deux générations
On a vu que Pasolini concentre son attention sur les rapports entre les différentes générations littéraires, et que, par conséquent, il n’a pas du tout une attitude avangardiste et iconoclaste vis-à-vis du passé. Au contraire, pour lui le passé doit nécessairement faire l’objet d’un regard critique de la part des nouvelles générations. Cette conviction est souvent réitérée dans une série d’articles publiés à cette époque dans Il Setaccio et dans Architrave. L’écriture de ces articles représente souvent l’occasion de participer à des débats en progression dans les revues majeures. Et il est en effet facile de repérer plusieurs allusions implicites à des questions qui occupaient les pages de Primato, ou qui avaient été présentes dans celles de Campo di Marte. Quelques-uns de ces thèmes – que j’ai déjà traités plus haut – traitent de la place des jeunes générations dans la société contemporaine ; la mission civile des intellectuels ; les intellectuels face à la guerre etc. Comme on le voit, il s’agit souvent, de la part de Pasolini, du rôle que jouent les intellectuels dans la vie d’une société – l’Italie à l’époque de la Deuxième Guerre mondiale – qui semblait être à l’aube d’une régénération radicale. La participation de Pasolini au Congrès européen des écrivains à Weimar, en octobre 1942, lui donne alors la possibilité d’exprimer sa vision "dynamique" des rapports entre tradition et innovation, une vision qui se rapproche sans doute de celle des hermétiques dont j’ai parlé plus haut: "[…] non c’é nessun giovane europeo, ora, che non proceda nella storia della poesia della sua patria, senza conoscere la poesia della generazione che l’ha preceduto : anzi, proprio da essa, educato ed iniziato alla poesia. La tradizione non è un obbligo, una strada, e neanche un sentimento o un amore : bisogna ormai intendere questo termine in un senso antitradizionale, cioè di continua e infinita trasformazione, ossia antitradizione, scandita da una linea immutabile, che è simile alla storicità per la storia." (1)À cette attitude tournée vers le passé et la tradition, Pasolini associe une autre conviction relative à la nature du travail intellectuel. Celui-ci ne pourra plus se dérouler, pour Pasolini, comme dans le passé, c’est-à-dire collectivement : " l’epoca delle riviste, delle correnti, degli 'ismi'" (2) est finie. Le sens d’appartenance à une entité collective ne pourra plus influencer l’identité individuelle si que l’intellectuel oublie cette attitude respectueuse vis-à-vis du passé. Le groupe ne pourra plus empêcher ni rendre superflu l’examen personnel de conscience: "Abbandonata senz’altro la facile pompa di una giovinezza intesa come gagliardia o fresca prepotenza, ci ritroveremo disperati ed umili, in mezzo alla folla che ci soverchia. Coscienti che, prima di essere degni delle nostre speranze, dovremo segretamente patire in intensità tutte le distese esperienze di chi ci ha preceduto, non abbiamo nemmeno timore di ammettere l’impotenza, o, almeno, l’acerbità, di questo nostro stato d’attesa. […] Davanti a tale verità noi sentiamo che la nostra ricerca ulteriore dovrà svolgersi in solitudine […]." (3)Cette incitation à un examen de conscience impliquant la responsabilité personnelle de l’individu, se transforme dans l’appel pour se débarrasser de toute conception rhétorique et superficielle du travail intellectuel. La solitude du poète est, par contre, l’arme la plus puissante dont il dispose pour redécouvrir, dans le silence de son âme, les véritables valeurs qui le relient au reste de la société: "La nostra ricerca non ci si propone in un senso di avventura, di epopea o retorico progresso, che risuona amaramente al nostro orecchio, ma ridotta al solo pensiero, ci presenta piuttosto come une memoria che s’infutura nel dolore. E in questo siamo tutti di una stessa statura : manca l’eroe, che come un faro ci guidi costruendo gli eventi : questi saranno piuttosto frutto o premio della fratellanza o amore civile. Così hanno riacquistato valore quegli antichi attributi del vivere umano che sembravano esausti dal lunghissimo uso : la solidarietà, il progresso, la carità, i costumi." (4) Il
est alors inutile de demander à l’intellectuel de faire ce qu’il
ne pourra jamais faire, sinon en reniant sa mission civile, c’est-à-dire
faire de son ءuvre, un ءuvre de propagande. Malgré les temps de
guerre, l’intellectuel ne peut pas renoncer à sa liberté
d’expression pour se soumettre à une tâche, qui ne lui correspond
pas. Il est donc nécessaire d’arrêter de "pretendere da parte
degli intellettuali un adeguamento alla guerra attraverso un’opera di propaganda
[…]." (5)
La mise en garde de Pasolini contre l’absence de sens critique lors de l’examen des "résultats" de la tradition peut se faire plus précise et ponctuelle: "un certo intransigente moralismo" (6) et le risque de "contenutismo" (7) sont les aspects les plus manifestes de cette absence. Ils empêchent de regarder le passé d’une manière objective sans y apporter les préjugés du présent. Ils s’opposent, en d’autres termes, au "precedente esame filologico" (8), sans lequel on ne peut pas se rendre compte des réels caractères historiques d’une époque révolue. Cette conviction est, pour Pasolini, particulièrement valable lorsqu’on confronte sa génération littéraire à la précédente. L’importance qui a conduit, chez la présente, au questionnement moral ne doit pas pour autant faire penser à une supériorité de celle-ci par rapport à l’ancienne, qui a par contre été plutôt absorbée par des questions d’ordre formel. Cette conscience culturelle est, pour Pasolini, l’élément indispensable pour que l’ءuvre des intellectuels se déroule et s’épanouisse en tant qu’ءuvre de civilisation et d’éducation: "Se ora esiste tra i più giovani letterati italiani una più accentuata e scavata ricerca etica, questa ci sembra dunque del tutto giustificata, anzi, necessaria ; ma […] è inutile ricercarla in chi non ne ha sentito così profondamente e collettivamente la necessità (parlo della generazione che ci ha preceduti) e che perciò è stata - come fenomeno generale - caratterizzata dalla ricerca linguistica. […] se mai, i giovani dell’ultima generazione, più che in vani rimproveri contro una condizione letteraria che più non li riguarda, usino le loro energie ad un’opera educativa che sola potrà dare coscienza alle opinioni comuni, e maturare una futura grande cultura italiana : educare ; sarà questo forse il più alto – ed umile – compito affidato alla nostra generazione." (9)Pasolini distingue donc sa génération, à laquelle il reconnaît le penchant moral et éthique (10), de la génération hermétisante, plutôt caractérisée par une recherche linguistique tout à fait autonome et autosuffisante. Cette recherche ne lui paraît pas pour autant avoir été inutile ou insuffisante. Mais, conformément aux thèses soutenues dans ses précédents articles littéraires, il désapprouve, en même temps, une méthode de lecture trop axée sur les éléments verbaux du texte, ce qui est, à son avis, le signe manifeste de l’impuissance de l’hermétisme à se confronter au côté non formel de l’ءuvre. Pasolini nomme alors Contini comme le parfait exemple d’une distance correcte vis-à-vis du texte littéraire: "[…] se un Contini […] ci ha insegnato a esaminare filogicamente il testo, questo esame ci sembra inizialmente il più valido ed imprescindibile ; tutt’al più un moto di reazione potrebbe avvenire nei riguardi di certa critica ermetica - quasi sempre nobilmente sentita - che non si cura di celare dietro la sua liricità, una scettica rinuncia." (11)La collaboration de Pasolini à Il Setaccio dure jusqu’en mai 1943, date du dernier numéro de la revue (12). Les événements tragiques survenus à la fin du régime fasciste et à l’armistice, pousseront ensuite Pasolini à se réfugier de nouveau au Frioul. L’examen de la formation littéraire de Pasolini n’est cependant tout à fait complet que si l’on s’intéresse à analyser l’influence que sur celle-ci a eu sur la poésie de Giovanni Pascoli. Lors de la rédaction de son mémoire de maîtrise en 1945, Pasolini abordera la poésie de Pascoli sous la forme d’un choix anthologique commenté qui a été récemment publié (13). Une étude plus poussée sur ce choix anthologique me permettra finalement d’aborder l’analyse de son premier recueil poétique, Poesie a Casarsa. Comme l’on verra plus tard, cette ءuvre naît en effet de l’intersection de deux sphères d’influence : celle de la poésie contemporaine et notamment de l’hermétisme ; et celle de la poésie de Pascoli, avec ses profondes implications dans le romantisme italien. Le prochain chapitre de ma thèse est consacré à l’analyse de cette deuxième sphère.. _________________ NOTE
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