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I contributi dei visitatori Enrico Minardi - La conception de la langue poétique chez Pasolini Troisième chapitre Pour une linguistique « sensuelle »
Il me semble toutefois que l’intérêt de cette série d’affirmations réside moins dans le rapport de nécessité que Pasolini essaie d’établir entre motifs pseudo-existentialistes et pseudo-pascaliens, d’un côté, et travail langagier, de l’autre, que dans le "passaggio dalla funzione comunicativa a quella cognitiva del linguaggio" (1),que marquent ces dernières d’une manière très manifeste. Or, ce qui est vraisemblable dans cette hypothèse est, en effet, plutôt la "découverte" par Pasolini du fondement cognitif du langage. La validité théorique de cette notion est indépendante de tout principe accessoire de causalité, et se relie plutôt à la tradition philosophique issue de l’ءuvre de Giambattista Vico. Chez Vico, l’origine du langage humain est en effet déterminée par des besoins naturels de genre socio-cognitif. Jürgen Trabant dans son livre sur La sematologia di Vico explique très clairement à ce propos que: "[…] nel pensiero di Vico […] la sematogenesi è iscritta, come fosse cosa ovvia, nel racconto dell’origine e dello sviluppo del mondo civile. La socialità dell’uomo produce evidentemente la necessità di comunicare con gli altri, "la necessità di spiegarsi e farsi intendere". […] Nella misura in cui la socialità è, in questo senso, "naturale", anche l’origine del linguaggio è "naturale", cioè corrisponde semplicemente alla natura umana." (2)La faculté langagière de l’homme est, donc, associée par Vico à sa sociabilité naturelle. Le langage, en d’autres termes, n’a pas vraiment besoin d’un prétexte ou de raisons spéciales pour justifier son existence. D’une certaine manière, il est en effet inscrit dans les gènes de l’homme, étant donné que l’attitude de l’homme vis-à-vis de la vie collective est innée, et que le meilleur facteur de sa réalisation est, évidemment, la communication linguistique. Cependant, continue Trabant: "Alla necessità comunicativa, che si dà propriamente con la socialità, fa riscontro tuttavia una mancanza di segni, una "povertà di parlari". Il bisogno, cui pone riparo la sematogenesi, non è dunque un besoin physique, ma un bisogno del linguaggio stesso, che corrisponde alla natura sociale dell’uomo. La produzione di segni è un processo per porre riparo alla povertà di parole, per soddisfare il "naturale" bisogno sociale-comunicativo." (3)L’homme a, donc, cette disposition naturelle à pouvoir communiquer, mais il est au début dépourvu du moyen de l’exprimer, c’est-à-dire le signe. Comment peut-il combler cette lacune ? Il n’a qu’une seule possibilité : l’invention d’un système de signes suffisament complexe pour permettre à ses usagers de rentrer en rapport entre eux, en fonction de leur exigence primitive de sociabilité. Chez Vico, cette invention correspond au langage. Et, pourtant, le langage ne satisfait pas une exigence provoquée par la vie sociale. Sa fonction n’est donc pas pratique, ou mieux elle n’est pas principalement communicative. Elle est, plutôt, sémiotique, dans le sens où le langage "ne communique pas des informations, mais impose […] des coordonnées sémiotiques avec toutes les bases […] de la grammaire […]." (4)Le langage ne sert donc pas à quelque chose, mais crée plutôt la réalité. Il impose au locuteur la manière dont il faut qu’il l’appréhende, à partir de sa nécessité originaire de communication et de sociabilité. En faisant plus explicitement référence au problème de l’origine du langage, tel qu’il avait été posé au sein de la philosophie du dix-huitième siècle par Rousseau et par Condillac, Trabant montre en effet que, selon Vico, la source du langage se trouve dans l’exigence humaine de structurer la connaissance du monde, et, de ce fait, de lui donner une forme. Il ne s’agit donc pas, comme chez les autres philosophes, de le concevoir comme l’issue des problèmes posés par l’échange entre les individus d’une collectivité, mais plutôt en tant que le facteur formateur de cette collectivité. La vie sociale est inscrite directement dans le système sémiotique du langage. Le locuteur ne peut, donc, qu’être sociable: "Nel racconto cronologico della formazione del linguaggio è già apparso chiaro che per Vico la prima funzione del linguaggio è la rappresentazione, la presa di possesso semantica e oggettiva del mondo, il "concepire" la natura circostante, e che solo nel secondo e nel terzo stadio il linguaggio serve all’espressione del proprio sé ed alla comunicazione intersoggettiva che erano proprio i motivi basilari delle costruzioni sematogenetiche di Condillac e di Rousseau." (5)Et, un peu avant, Trabant avait affirmé sur le même ton que: "Il problema risolto in Vico dalla sematogenesi non è dunque primariamente l’organizzazione della vita sociale, ma è piuttosto l’elaborazione spirituale del mondo […], che in Vico […] non risulta dalla prassi, dall’agire reciproco […], ma è anzitutto poíesis, elaborazione del mondo che poggia sulla reciprocità degli uomini." (6)En apparence éloignée de ma problématique, la réflexion de Vico sur l’origine du langage, telle qu’elle apparaît dans la lecture de Trabant, constitue au contraire le moyen le plus efficace pour la saisir. Je peux en effet me servir des réponses qu’elle offre à une série de questions sur le langage, pour résoudre les problèmes rencontrés au sein de la réflexion critique de Pasolini dans les années quarante. Elle me servira aussi à situer l’ءuvre littéraire de Pasolini à l’intérieur d’un horizon philosophique susceptible d’expliquer ses raisons les plus profondes et essentielles (7). Quant à l’origine du langage, Trabant montre donc que, pour Vico, le langage naît en même temps que l’homme en vertu des exigences cognitives et sémiotiques de celui-ci. Condillac et Rousseau avaient par contre identifié son origine, par l’intermédiaire d’une sorte de réponse instinctive, à des exigences physiques et morales, en situant par conséquent le moment de la genèse du langage sur un plan tout à fait communicationnel et coupé de son essence sémiotique. En d’autres termes, d’après Vico, quand l’homme commence à parler, il attribue un sens aux choses, sens qui n’existe pas préalablement, mais qui se trouve à l’issue de ce geste de création. C’est pourquoi Vico peut parler à ce propos de l’origine poétique du langage: "[375] Adunque la sapienza poetica, che fu la prima sapienza della gentilità, dovette incominciare da una metafisica, non ragionata ed astratta qual è questa or degli addotrinati, ma sentita ed immaginata, quale dovett’essere di tai primi uomini, siccome quelli ch’erano di niuno raziocinio, e tutti robusti sensi e vigorosissime fantasie […]. Questa fu la loro propia poesia, la qual in essi fu una facoltà loro connaturale (perch’erano di tali sensi e di sì fatte fantasie naturalmente forniti), nata da ignoranza di cagioni, la qual fu loro madre di maraviglia di tutte le cose, che quelli, ignoranti di tutte le cose, fortemente ammiravano […]. Tal poesia, incominciò in essi divina, perchè nello stesso tempo ch’essi immaginavano le cagioni delle cose, che sentivano ed ammiravano, essere dèi, […], alle cose ammirate davano l’essere di sostanze dalla propia lor idea, ch’è appunto la natura de’ fanciulli […] onde furon detti "poeti", che lo stesso in greco suona che "criatori"." (8)Mais cette conception du langage en tant qu’acte de création issu du produit de l’imagination, va à l’encontre de la tradition extraite de la conception aristotélienne, ainsi que de celle développée plus tard au sein de la philosophie du XVIIIème siècle par Condillac, Rousseau et Herder. Tandis que la première figure en effet les mots en tant que produit d’un acte de désignation arbitraire des choses (9); dans la deuxième on commence, au contraire, par critiquer cette conception nominaliste du langage. Malgré leur prise de distance par rapport à Aristote, Condillac et Rousseau continuent toutefois à faire dépendre la naissance du langage de besoins extrinsèques d’ordre moral et physique (la faim et la soif pour le premier, l’amour pour le deuxième) (10). D’autre part, si Herder se rapproche objectivement de Vico, en imaginant le langage issu d’une exigence de sémantisation de la réalité, cette exigence est pourtant plus de l’ordre de l’imitation que de la création (11). C’est pourquoi, dans l’ensemble de la tradition philosophique concernant l’origine et la nature du langage, Giambattista Vico paraît être le seul à les avoir assimilées sans aucune ambiguité à un acte de création humain dont le but est celui d’attribuer un sens aux choses. Dans cette hypothèse, ce qui apparaît au premier plan est par conséquent l’essence métaphorique du langage, du moment que l’"opération sémantique" consiste justement dans l’acte de créer une forme symbolique qui, ne pouvant pas reproduire directement la réalité, en reproduit au moins l’idée, c’est-à-dire l’impression qu’elle produit sur la sensibilité de l’homme. Cette reproduction est par ailleurs établie selon des rapports naturels de l’ordre de l’isomorphie structurelle, c’est-à-dire d’une correspondance directe entre signification et signifiant (12).
La théorie linguistique de Vico - telle qu’elle est exposée dans la Scienza nuova - est donc une sorte de récit sur la naissance du langage et sur son évolution. Ce récit marque différentes étapes, dont la succession implique la naissance de la séparation entre signifiant et signifié à l’intérieur du signe et la disparition progressive de toute référence à la chose incluse originairement dans la parole. Si dans la première phase (la langue des dieux : lingua degli dei), le rapport entre signifiant et signifié est de synthèse car le corps correspond directement au signe, alors, par conséquent, à proprement parler, les concepts de signifiant et de signifié n’existent pas. Le signe ne se constitue pas en effet, comme dans la linguistique contemporaine, à partir de leur différence et donc de leur séparation, mais plutôt de leur identité : le mot est immédiatement la chose, et vice-versa. Et, si on approfondit encore plus les conséquences théoriques impliquées dans cette identité, on verra alors bien qu’en réalité, lors de cette mythique origine du langage, les mêmes concepts de choses et de mots ne peuvent pas exister. Vico nous pousse donc à imaginer ce moment primitif comme une époque dans laquelle il n’y aucune séparation et aucune différence entre acte sensible et acte abstrait, de même qu’il n’y a aucune séparation entre nature et culture, parce que la possibilité d’une pareille distinction est absente. Il faut plutôt imaginer ce monde comme un monde magique où le pouvoir de suggestion sensible de la parole ainsi que celui de la métamorphose symbolique de la chose dominent l’horizon de la connaissance humaine. Il faut par conséquent imaginer cette phase primitive du langage comme un système sémiotique qui ne se fonde pas sur le procédé des renvois et des références entre signe et chose, ainsi que le langage dans sa phase postérieure et actuelle. Ce serait plutôt un système dans lequel le signe et la chose sont intégrés dans une sorte de signe qui n’est pas encore un signe, mais qui n’est pas tout à fait la chose non plus. Il serait les deux à la fois. La deuxième phase de l’évolution du langage (la langue des héros : lingua eroica) marque la naissance de la sémantique, c’est-à-dire de la possibilité de concevoir l’idée de la chose en tant que différente et séparée de la même chose. À cette époque (qui correspond avec l’époque ancienne) fait donc son apparition une première conscience de la réalité, qui, en tant que telle, ne peut que s’exprimer à travers des signes proprement linguistiques. C’est par conséquent le langage, tel qu’on le conçoit aujourd’hui aussi, qui apparaît à ce moment : le langage en tant qu’instrument de réflexion et de prise de distance par rapport à la vie conçue comme flux de sensations, par rapport au lebenswelt. Malgré ceci, c’est comme si cette distinction ne s’était pas encore entièrement établie, et le signe porte en lui même une trace concrète de la chose. Le signe, en d’autres termes, tend à reproduire la chose, à vouloir ressembler à la chose. Il ne veut pas simplement la suggérer de manière abstraite et indirecte, mais l’évoquer de manière sensible, comme si on se trouvait en présence de la chose. C’est alors ici, d’après Vico, que la fonction créatrice ou métaphorique du langage humain est exaltée, puisque le signe est conçu pour rendre de la façon la plus efficace l’idée du corps, et donc, d’une certaine manière, pour la montrer. On pourrait donc définir cette première véritable phase du signe comme sa phase sensible. Et la métaphore comme le genre de stratégie sémiotique le plus adaptée à remplir cette fonction. Toute relation directe entre forme et contenu au sein du signe semble par contre avoir disparu lors de la troisième phase de l’évolution linguistique (la langue des hommes : lingua umana), qui marque la naissance des signes par convention, c’est-à-dire à l’issue d’un acte de décision collective. Le prix que l’homme doit payer face à l’évolution des formes selon lesquelles la société humaine est organisée sur un plan politique, est donc la disparition de tout rapport de nécessité existant entre signifiant et signifié, pour les voir remplacés par des relations arbitraires. En d’autres termes, c’est à l’époque moderne que la séparation et la différenciation entre chose et parole a finalement eu lieu. La parole ne montre plus de manière sensible et presque ostentatoire la chose, elle se limite à en évoquer l’idée par une relation de type intellectuel et abstrait. Le vide qui s’est formé entre le mot et la chose au sein du signe n’est plus compensé par aucune stratégie sémiotique apte à le dépasser. Ce vide est plutôt le synonyme de la naissance de la culture, dans laquelle vit l’homme, et qui s’oppose à celui de la nature, que l’homme a abandonné à jamais. Vico ainsi résume cette évolution: "[32] […] Si parlarono tre spezie di lingue, […] : la prima, nel tempo delle famiglie, che gli uomini gentili si erano di fresco ricevuti all’umanità : la qual si truova esser stata una lingua muta per cenni o corpi ch’avessero naturali rapporti all’idee ch’essi volevan significare ; la seconda si parlò per imprese eroiche, o sia per somiglianze, comparazioni, immagini, metafore e naturali descrizioni, che fanno il maggior corpo della lingua eroica, che si truova essersi parlata nel tempo che regnarono gli eroi ; - la terza fu la lingua umana per voci convenute da’ popoli, della quale sono assoluti signori i popoli." (13)Bien qu’actuellement disparue, l’identité des mots et choses a constitué le présupposé indispensable à l’évolution du signe. Elle est, donc, d’une certaine manière encore présente dans le même signe, à condition qu’on soit capable de la retrouver. Vico dénonce à ce stade de son ءuvre, la nature artificielle du signe, telle qu’elle a été envisagée par la tradition philosophique post-aristotélicienne. Selon cette tradition, en effet, le signifiant, c’est-à-dire la parole prise dans sa forme, n’a aucune valeur sémantique. Il dérive à la limite d’un choix hasardeux, aucune nécessité intrinsèque ne le déterminant. Il est donc, en général, le résultat d’une décision conventionnelle dont l’origine est inconnue et n’a aucune influence sur les modes de la signification. Vico affirme, au contraire, qu’il est nécessaire de déconstruire le signe pour que – au bout de ce travail presque archéologique - réapparaisse sa véritable essence sauvage et fantastique, enfouie au-dessous des stratifications de son développement diachronique, mais toujours vivante. On se rendra alors compte que, malgré cette longue transformation, il porte encore en lui les marques de son origine et que celles-ci conditionnent de manière fondamentale l’acte de la signification (14). Trabant commente ce passage en concluant que: "Il motivo filosofico determinante di Vico è […] mostrare che la pretesa razionalità dei moderni risale a origini "selvagge" che sono ancora vive. In questo senso dietro il linguaggio, con la cui tradizionale determinazione funzionale Vico concorda, dietro la lingua verbale articolata, arbitraria, verbale, comunicativa, si cela qualcos’altro. Vico dà alla sua critica forma di storia, ossia concepisce questo "dietro" come un "prima". Il "prima" però, dato che è un "dietro", non è una volta per tutte un passato. L’intento critico-linguistico di Vico mira a dimostrare che alla base dell’umana lingua articolata razionale vi è pur sempre una "lingua" di cenni e immagini visivo-grafica, iconica (naturale), teologico-aristocratica, espressivo-rappresentativa." (15)Ce développement consacré à Giambattista Vico, nous montre bien que la réflexion de Pasolini se rapproche en de nombreux points de la philosophie du langage de Vico. En concevant le langage d’une manière tout à fait révolutionnaire comme l’acte déclencheur de la civilisation humaine, Vico revendique implicitement dans son ءuvre le droit à la liberté de la création poétique. D’après sa théorie, sans création poétique il n’y a en effet pas de langage, et, sans langage, la civilisation humaine devient impossible. Le langage est cet instrument permettant à l’homme de sortir de lui-même et de s’ouvrir, par voie de connaissance, à la réalité afin de la maîtriser et de la façonner selon son désir. C’est donc tout simplement l’histoire de l’humanité, telle qu’on la connaît, qui devient alors inconcevable sans l’apport du langage. Comme on peut le voir, c’est la poésie qui occupe ici le rôle le plus important, grâce justement à sa fonction créatrice au niveau linguistique.
La philosophie de Vico est donc marquée par un mouvement fondamental de régression, qui permet à son auteur - en le rattachant à un point idéal d’origine - de retrouver le sens perdu du devenir temporel de l’homme. Le sens métaphysique de la démarche de déconstruction accomplie par Vico est, me semble-t-il, tout à fait manifeste. Or, en découvrant dans le dialecte un moyen d’expression poétique meilleur et plus convenable de l’italien, Pasolini (dont la langue maternelle est l’italien) (16) accomplit implicitement un mouvement identique. Le moteur principal de l’option dialectale de Pasolini est, à son début, d’ordre irrationnel : il s’agit évidemment de l’affect qu’il ressent vis-à-vis de l’écriture dialectale. Celle-ci est, en effet, comparable à un espace d’expression où l’on n’a pas encore assisté à la morte del segno (17), c’est-à-dire à la disparition de la relation d’isomorphie structurelle existante entre chose et signe lors des deux premiers stades de l’évolution du langage. Le dialecte devient, en d’autres termes, le point où aboutit la régression idéale accomplie par le jeune poète, et, par conséquent, ce point métaphysique de genèse qu’il est indispensable d’atteindre pour que la création poétique soit relancée. Pasolini ne conçoit donc pas le dialecte ni selon une perspective anthropologique ni culturelle. Pour lui, en d’autres termes, le dialecte n’est pas simplement l’expression linguistique d’une civilisation "mineure", située dans un cadre temporel autre, qui ne reste pas pour autant coupé de l’histoire "majeure". Pasolini considère par contre le dialecte comme le fondement et le principe idéal de toute écriture poétique. Il est donc indispensable que le poète se ramène toujours à ce fondement - dans un mouvement permanent et implicite de régression -, s’il désire que sa propre écriture reçoive une pleine légitimation. Le point de départ de l’ءuvre de Pasolini se trouve, par conséquent, dans cette utopie métaphysique. Il est peut-être ici utile de préciser que la dimension ontologique de cette métaphysique est analogue à celle de la philosophie de Giordano Bruno : pas tout à fait de l’ordre de l’immanence, mais non plus orientée selon le sens transcendant propre aux idées platoniciennes. Il s’agit plutôt d’un "monismo strutturalmente imperniato nella connessione organica di essere assoluto e di essere comunicato […]. Offuscare uno di questi questi lati, in un senso o nell’altro, vuol dire togliere a questa posizione il suo carattere specifico. […] Sono l’uno e l’altro aspetti di una stessa sostanza." (18)Dans la substance de la langue poétique de Pasolini, on peut retrouver en même temps le côté idéal et essentiel de la langue et son côté réel et historique. Le premier correspond à ce renvoi implicite à l’époque mythique de l’origine de la poésie ; le deuxième est par contre identifié à l’expression concrète et matérielle du dialecte frioulan. Si on accepte cette perspective herméneutique, il faut nécessairement modifier le jugement donné en 1943 par Gianfranco Contini, qui avait interprété les Poesie a Casarsa comme "la prima accessione della letteratura "dialettale" alla poesia d’oggi".Ce n’est pas, en effet, la poésie dialectale à être promue au rang de la poésie moderne. C’est plutôt cette dernière qui régresse au niveau de la première. Il n’est donc pas correcte de considérer la première ءuvre en vers de Pasolini du point de vue de la tradition dialectale, comme le fait Contini. Il faut, au contraire, la regarder à partir de la tradition littéraire italienne : Pasolini est en effet comme obligé à "faire descendre" l’italien littéraire au niveau de l’expression dialectale pour que, replongée aux sources mythiques de la poésie, sa puissance de suggestion sémiotique soit régénérée. De plus, cette descente implique ce que j’ai appelé plus haut la "découverte" par Pasolini du fondement cognitif et métaphorique du langage. Cette connotation du dialecte lui permet, en effet, d’éclairer la racine "dialectale" de toute langue. Elle lui permet aussi de montrer que si à l’origine de chaque langue il y a un dialecte, cela signifie qu’il est toujours possible de connoter le moment originaire de n’importe quelle langue comme celui de l’existence d’un rapport nécessaire et naturel entre signifiant et signifié, ainsi que Vico l’avait supposé. Pasolini est très clair à cet égard quand il affirme que: "Le parole sono dunque metafore naturali. E consistono in un portare al di là. Infatti da una parte c’è la natura inconoscibile delle cose, dall’altra la nostra, e le parole aprono il rapporto incredibile tra i due mondi : portano le cose al di là della loro dura esistenza, le portano in noi." (19)_________________ NOTE (1) J. TRABANT,
La
scienza nuova dei segni antichi: la sematologia di Vico, Roma-Bari,
Laterza, 1996, p. 24.
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