
|
La morte di Laura Betti ... dai quotidiani francesi 2 août 2004 Laura
Betti élégie pour égérie
A Rome, elle fut une figure de la nuit et une superbe chanteuse de cabaret, une personnalité politique et l'une des actrices préférées des plus grands, Fellini, Rossellini, Bertolucci, Bellocchio, les frères Taviani. Elle fut surtout l'égérie de Pasolini, cet «homme sentant le pain et la primevère», et l'on n'oubliera ni la star à caprices et au petit chien de la Ricotta, ni Emilia, la servante miraculée de Théorème, rôle qui lui vaut le prix d'interprétation à Venise en 1968. Laura Betti, née à Bologne en 1934, monte à Rome au milieu des années 50 où elle commence une carrière de chanteuse, avec sa voix grave, ses emportements et sa gouaille bientôt célèbres. En 1958, elle est la diva de la revue musicale la plus courue, I Saltimbanchi, dirigée par Walter Chiari. C'est à ce titre que Fellini la porte une première fois à l'écran, dans son propre rôle, régnant sur la faune désoeuvrée et bohème de la Dolce Vita (1960). «Coup de foudre». Elle poursuit chez Rossellini (les Evadés de la nuit), mais c'est sa rencontre avec Pasolini qui la révèle : «Quand je suis arrivée à Rome pour chanter, j'ai cherché des textes, ce qui a intrigué les écrivains. J'ai fréquenté le milieu intellectuel. Un soir, Alberto Moravia a amené Pier Paolo chez moi. Il m'a tout de suite intéressée: il restait là, dans un coin, à me regarder derrière ses lunettes noires. Je me suis plantée devant lui, je lui ai enlevé ses lunettes et, avec une voix très Marlène Dietrich, je lui ai demandé: "Alors, vous avez peur de moi ?" Ce fut un coup de foudre.» (1) Pasolini lui donne ces rôles magnifiques et excentriques dans la Ricotta (1963), Au loin s'en vont les nuages (1965), OEdipe roi (1967), Théorème (1968), les Contes de Canterbury (1972), Salò (1975). Amie, collaboratrice, égérie autant qu'actrice, elle consacrera ensuite sa vie à Pasolini, assassiné en 1975, lui dédiant un livre et un film, lui vouant un culte de plus en plus absolu et exclusif, assumant son héritage tant esthétique que poétique et politique. Mais sa personnalité hors du commun et sa voix de tragédienne l'imposent aussi comme une apparition majeure du cinéma italien des années 70 et 80, chez Mario Bava, Bolognini, Bellocchio, ses rôles culminant avec Esther, la traîtresse d'Allonsanfan, le chef-d'oeuvre des Taviani, et la fasciste sadique de 1900 de Bertolucci (elle joue également dans le Dernier Tango à Paris et la Luna). En Italie, ses activités d'écrivaine, pour le théâtre et la radio, ses pamphlets politiques, où elle reprend la place inclassable de Pasolini, incarnant cette sorte de gauche incommode et fière, et sa manière toute décadente de hanter les nuits romaines, occupent l'essentiel de son temps. Disciple. C'est en France qu'elle trouve une seconde patrie cinématographique, notamment chez quelques «disciples» de Pasolini, le Téchiné de Paulina s'en va dès 1969, Jean-Claude Biette qui lui a donné deux rôles dans Loin de Manhattan (1981) et le Champignon des Carpates (1989), Valerian Borowczyk (l'Art d'aimer), Benoît Jacquot (Corps et biens), Agnès Varda (Jane B.), les Straub (Amerika/Rapports de classe) ou encore récemment Catherine Breillat (A ma soeur!). Elle aima Pasolini, qui lui rendit toute la tendresse dont il était capable : «Je crois qu'il s'agissait bien d'amour, profond, durable, dira-t-elle. Puis nous avons pris des habitudes. Généralement, nous dînions ensemble, et ensuite "bonsoir", et il allait draguer les garçons.» (1) Mouvement, janvier 2000.
2 août 2004 La
mort de l’actrice Laura Betti
Une actrice qui disparaît, c’est une étoile qui s’éteint dans le ciel. Laura Betti qui n’est plus, c’est un pan de notre propre vie qui s’écroule, tant la compagne de Pasolini, qui avait comme symboliquement débuté dans la Dolce Vita, avant d’enchaîner avec les Évades de la nuit (Era notte a Roma), incarnait cette Italie des années soixante qui nous avait tant apporté au cinéma, au théâtre, comme sur la scène sociale. Laura Betti, c’était un mode de vie, une manière d’être, un souffle de liberté, une indépendance du corps comme de l’esprit, une chandelle capable de brûler par les deux bouts pour mieux éclairer le monde, quitte à se consumer trop vite. L’heure est venue de la pleurer. Trop tard, c’est déjà fait. Par Pier Paolo Pasolini, encore et toujours, dans un texte qu’il faudrait avoir la place de publier en entier: "Écoutons ce que pourrait dire un témoin de l’an 2001, qui aurait à faire la notice nécrologique de Laura Betti. Pionnière de la contestation ? Oui, mais aussi survivante de la contestation. Donc restauratrice d’un statu quo ante. La personne dont je suis en train de parler n’admet rien de tout cela. Elle a vieilli, elle est morte: mais je suis sûr que dans sa tombe elle se sent une petite fille. Elle est certainement fière de sa mort, la considérant comme une mort spéciale. En examinant superficiellement sa vie, beaucoup lui attribuèrent une volonté provinciale de dégradation des idoles. Non, il ne s’agissait pas seulement du sadisme d’une provinciale débarquant dans le centre où vivent les idoles, qui prend plaisir à les profaner et à les désacraliser: dans cette douloureuse opération, il y avait son besoin d’être en même temps 'une' et 'une autre', 'une' qui adore et 'une autre' qui crache sur l’objet adoré; 'une' qui mystifie et 'une autre' qui réduit. En vérité, c’est la notice nécrologique d’une héroïne. Il faut ajouter qu’elle était pleine d’humour et une excellente cuisinière."Irréductible, Laura Betti l’était. Dans son physique qui échappa aux canons de la beauté dont il provenait pour rejoindre l’empâtement des créatures felliniennes. Dans sa tête, qui avait connu l’épreuve dans la jeunesse, ce qui l’avait poussée au refus du conformisme. Pour s’en convaincre, il suffit de lire Madame (chez Plon), cette confession à cru qui est à la fois roman et Mémoires, premier degré et masque, texte étonnant où souffle l’air vivifiant d’un temps hélas! révolu. Rien à ajouter. Ciao Laura. Une filmographie avec les plus grands
(segue)
Vedi anche l'intervista
a Laura Betti di Roberto Andreotti e Federico De Melis
|
|
|