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NOTE
Le cinéma
antique de Pasolini et Fellini: ٥dipe
roi, Médée et Satyricon,
de Raja El Fani
1 Nico Naldini, Biografia
di una vita, Torino, Einaudi, 1989, p. 336.
2 Id.
3 Dans sa recomposition
du mythe, Pasolini suit presque à la lettre les règles classiques
de la tragédie grecque, et cela se vérifie d’autant plus
dans la créativité des prologues d’٥dipe roi et
Médée.
Mais en ce qui concerne l’originalité et la composition spécifique
du prologue, Pasolini semble devoir beaucoup à Euripide. A propos
de la structure et des "effets gâchés" du théâtre
d’Euripide, cfr. Euripide, Medea, Ippolito, Garzanti, 1990, et notamment
dans la très bonne introduction d’Umberto Albini (également
traducteur), pp.XV-XVI : " […] serv[irsi] del prologo per illustrare tutti
i precedenti e anticipare lo sviluppo dell’azione. Naturalmente il prologo,
in un dramma, ha una funzione informativa : deve rivelare lo stato delle
cose, illuminare sulla situazione da cui esploderà il conflitto
e non puo’ farlo in modo neutrale, meccanico. […] In Euripide abbondano
le esposizioni : molte volte egli traccia con cura il quadro degli antefatti
[…]. Ma non è una forma fissa, estranea alla tragedia […]. Intanto
c’è in Euripide il piacere intellettuale dell’hocerat demonstrandum
: il pubblico è al corrente di un certo tipo di leggenda, e il drammaturgo
osa specificare che la trasformerà, se ne assume il rischio. " Cela
s’applique en partie à la technique pasolinienne au moins pour le
modelage
du protagoniste.
4 Dans une interview
des " Cahiers du Cinéma ", Pasolini dit à propos d’٥dipe
roi : " Il bambino del prologo sono io [...] ". Cfr. N. Naldini, p.314.
Selon N. Naldini, c’est l’enfant du prologue qui produit toute la vision
de la partie antique du film : " [...] un bambino che sogna il mito di
Edipo come lo ha raccontato Sofocle e come lo ha interpretato Freud. "
(p.313). En ce qui concerne la démarche autobiographique de Pasolini
dans ce film, on s’en tiendra à la simple explication de l’auteur
: " Racconto la mia vita, mitizzata naturalmente, resa epica dalla leggenda
di Edipo. Ma essendo il più autobiografico dei miei film, Edipo
è quello che considero con più obiettività e distacco
[...] " (p.314).
5 Cfr. N. Naldini,
cit., p.314.
6 Dans l’interview
de J. Duflot, Pasolini définit Jason comme un " tecnico abulico
" n’ayant plus rien – ou alors seulement physiquement - du " ragazzo di
vita " que certains ont cru reconnaître. Voir aussi Fabien S. Gérard,
Pasolini
ou le mythe de la barbarie, Ed. de l’Université de Bruxelles,
1981, p.79 : " […] l’assurance blasphématoire d’un Jason technocrate
dominé par l’ambition […] orienté vers la jouissance matérielle
immédiate, qui "colonise" avec un cynisme inconscient l’anxiété
hiératique de Médée. " Cependant, ce Jason matérialiste
est directement inspiré de la tragédie d’Euripide et Pasolini
y a été fidèle dans son adaptation. Cfr. le recueil
Euripide, Medea, Ippolito, Garzanti, 1990, une très bonne
introduction d’Umberto Albini (également traducteur), p.XXVI, à
propos de Jason : " […] svolge e richiede dagli altri ben precise funzioni.
Di qui la sua condotta apparentemente ottusa nei confronti di Medea : le
certezze di cui è intriso non offrono spazio alle discussioni e
alle riflessioni […]. E non ha la volontà machiavellica (o diabolica)
degli eroi shakespeariani di possedere tutto, passando sopra ogni cosa
: i suoi soprusi sono quelli di un’arrampicatore sociale […]. "
7 Il y aurait une
longue digression à faire sur le rappel du sacrifice d’Isaac par
son propre père Abraham, dans ٥dipe roi au moment où
l’enfant est porté comme un agneau (au début de la partie
antique).
8 Hervé Joubert-Laurencin,
Pasolini
: portrait du poète en cinéaste, Editions Cahiers du
Cinéma, Paris, 1995, p.225.
9 Id., p.225 : " Ce
sont ces négligeables serviteurs qui font circuler l’enfant
prédestiné [...] ".
10 S’il n’a pas été
tué, il n’en reste pas moins un corps sans défense, qui n’est
pas à l’abri du danger, du cagnard, etc. ; on ne peut s’empêcher
de saisir cet appel de corporéité chétive exaltée
par l’étendue désertique. Voir H. Joubert-Laurencin, p.219
: " [¼ ] un homme va exposer dans le désert un
enfant [...]. " Par ailleurs, pour l’interprétation du lieu comme
décor à une certaine situation, voir Massimo Fusillo, La
Grecia secondo Pasolini : mito e cinema, La Nuova Italia, Firenze,
1996, p.74 : " Frequenti campi lunghi riproducono con insistenza la solitudine
desertica, che rimanda ad una situazione primordiale e primaria, e che
contrasta con la precedente ambientazione ‘civilizzata’ mentre c’è
un forte uso del travelling a mano che dà alla visione un’incertezza
elementare. "
11 H. Joubert-Laurencin,
in op. cit., p.225.
12 A part " les vagissements
" de l’enfant, cfr. H. Joubert-Laurencin, op. cit., p.225.
13 " Oggi compi cinque
anni e voglio dirti la verità su di te. Tu non sei mio figlio [...].
Tu non sei un bugiardo, eh ? Ma io sì, mi diverto a raccontare bugie
! Ti dispiace sapere che non sei mio figlio ? [...] ", le Centaure s’adresse
à l’enfant comme si l’enfant devait à tout moment répondre.
14 C’est toutefois
ce qu’avance H. Joubert-Laurencin, op. cit., p.233 : " L’enfant [...],
apparemment indifférent et heureux, [...] se couche sur la
pierre, au soleil. Sa tête se trouve ainsi inondée d’un soleil
méditerranéen au moment précis où il est question
du sacrifice du bélier d’or et d’un enfant recueilli non pas encore
sa propre histoire mais celle de Phrixos arrivé en Colchide en volant
sur un bélier d’or, et accueilli par Aïétès,
le père de Médée : une histoire en quelque sorte parallèle
à celle de Jason, et qui semble prédestiner sa rencontre
avec la fille du roi de Colchide). " Dans le film, Pasolini ajoute une
touche de familiarité dans le ton de Chiron qui commente l’histoire
ainsi : " Beh, insomma una questione di gelosia... "./font>
15 Dans ٥dipe
roi le temps du mythe ne pouvait être compromis grâce au
contraste offert par le prologue qui se déroule à l’époque
moderne. Dans Médée, Pasolini, en fonction de la densité
du tragique dans la narration, laissera " se déployer la dimension
d’inactualité du mythe […] dans son appparition furtive et son retrait.
", Riccardo Pineri, Métamorphoses du centaure. La poétique
de l’ambiguïté chez Pier Paolo Pasolini, in AA. VV., Pasolini
et l’Antiquité, Institut de l’Image, Aix-en-Provence, p.101.
Cette phrase résume tout à fait l’incapacité (créative
mais aussi volontaire) de Pasolini d’établir une synthèse
cinématographique du mythe permanente dans Médée.
16 H. J. Laurencin,
cit., p.233.
17 Il faut comprendre
que le point de vue mythique du film risque sans cesse de nous échapper
car Pasolini, à plusieurs reprises, a été tenté
entre autres par l’ironie (par exemple le petit cheval de bois qu’on aperçoit
auprès du petit Jason qui s’associe au Centaure devenu désormais
un homme), cfr. " le débordement du sens " et " l’effondrement des
manifestations du monde et de ses propres [de Pasolini] illusions ", R.
Pineri, cit., p.101, et plus loin, même page : " Comme le mythe qui
n’est pas un objet que l’on peut adapter tel quel dans des situations profondément
différentes […], l’image pasolinienne est en ce moment précis
la brêche discrète du visible qui redistribue les places et
d’abord la sienne. " Voilà une des raisons pour laquelle la subjectivité
est souveraine. D’autre part, ce qu’affirme M. Fusillo, cit., p.127, "In
realtà Medea rappresenta, con coerenza assoluta, il punto
di arrivo dell’itinerario antico di Pasolini in quanto, fra l’altro, si
svolge tutto nell’atemporalità del mito, a differenza dell’Edipo
re […]. ", est vrai seulement dans la forme.
18 M. Fusillo, cit.,
p.128, cfr. la vision magique de la realité selon Pasolini in Empirismo
Eretico. L’accent est mis ici sur les formes merveilleuses du Centaure.
Les autres cas de " fisicità onirica " se reconnaissent par une
unité très expressive des corps entre eux, sans que la situation
nécessite forcément une alternative particulière au
code linguistique.
19 " Beh, tu marmocchio,
sei un discendente di Eolo [¼ ].Tuo zio Pelia ha messo in prigione
tuo padre e si è impadronito del regno, che ti spetta¼
Ed io ti ho tenuto qui al sicuro. Hai capito ? E beh sì, è
una storia un po’ complicata perché fatta di cose, non di pensieri.
"
20 O. Bohler, in
Pasolini
et l’Antiquité, cit., p.121.
21 Id., pour la profonde
symbolique de la figure du centaure, voir l’intervention de R. Pineri,
p.89 : " Parmi les multiples figures qui marquent l’ءuvre de Pasolini du
sceau de la différence[…] le centaure présent dans le film
Médée
et disséminé dans toute l’ءuvre pasolinienne, rassemble les
bords de la blessure de l’existence créatrice du poète :
être de la démesure et de l’accord, témoin de la duplicité
dans l’homme, qui se souvient de la fête des origines et de l’implication
paradoxale de barbarie et de raison, d’opacité et de clarté
qu’elle comporte. " ; puis plus loin, sur l’importance et la centralité
de la différence (idéologique et même physique) du
centaure dans le film, p.91 : " Pas de mythe, mais pas de vie tout court,
pour Pasolini, sans cette différence au cءur du langage, qui révèle
la trace de la douleur au sein du sensible et inaugure en même temps
la passion pour amener à la lumière ces noyaux fulgurants
du sens. Le mythe de l’enfance hors du temps et privée de mort est
déjà ici travaillée par l’infinitisation de la forme,
par le "temps historique".
22 H. J. Laurencin,
cit., p.233.
23 La scène
du réveil de l’enfant laissé seul dans sa chambre où
on le voit marcher jusqu’au balcon est à mettre à part.
24 Sans doute faut-il
noter que, dans cette séquence qui veut figurer en général
une évolution qui se vérifie également dans le caractère
de Jason, Pasolini tient à montrer sans tarder quel genre de héros
Jason représente. A la fin de la première séquence,
Pasolini en ne faisant toujours pas parler le Jason adulte réussit
à en faire un personnage " [...] che non solo ha perso il senso
metafisico, ma neppure si pone ancora questioni del genere. " Voir, N.
Naldini, Vita di Pasolini, Torino, Einaudi, 1989, p.336, extrait
des Entretiens de Jean Duflot.
25 R. Pineri, cit.,
p.102.
26 Dans le monologue
qui ouvre le film, Encolpe, lui-même très mobile, est au centre
d’un complexe jeu de cadrages (zooms, panoramiques, gros plans, etc.) qui
suit les turbulences de son discours. Il commence par dresser le portrait
de Giton : " […] e quell’infame di Gitone ! Il giorno della toga virile
se l’è messa comme le femmine la stola ! A non essere un uomo lo
aveva già convinto sua madre, che ha fatto la puttana in prigione,
capace di rinnegare la più vecchia amicizia ! " ; ensuite, en s’asseyant
face au mur (dos à la caméra), le ton se radoucit et se prête
aux louanges du garçon qu’il prétend aimer. Cette introduction
comporte toute la part narrative – par ailleurs complètement insaisissable
– du film, le présentant comme un ensemble des péripéties
vécues pour récupérer l’amour de Giton. La tirade
d’Encolpe est très théâtrale et comme telle, la déclaration
à Giton s’en détache comme un aparté. Le monologue
d’Ascylte succède immédiatement à celui d’Encolpe.
La mise en scène est également très théâtrale,
fondée cette fois sur une gestuelle vivace analogique aux tournants
du discours (il entre à quatre pattes dans le champ, il s’allonge
par-terre, se relève, court, tout cela dans un enchaînement
de mouvements et de déplacements scéniques, très marqués).
Il ne nomme pas Giton quand il raconte comment il l’a vendu à Vernacchio.
Il n’y a aucune résonnance avec le discours d’Encolpe.
27 On peut, par extension,
appliquer ce caractère de découplement à ٥dipe qui,
avant même de tuer son père, représente pour celui-ci
dans le prologue moderne – c’est une menace explicitée dans les
intertitres – celui qui s’immisce dans son couple et risque de le séparer
de Jocaste. Jason lui est la cause du dédoublement du Centaure,
pour les besoins de son éducation.
28 D. Zanelli, op.
cit., photo n.68, avec au milieu l’esclave orientale.
29 Il est Anghelos
dans l’Antiquité et Angelo dans l’épilogue moderne.
30 Peut-être
faut-il associer ce détail au début de la tragédie
de Sophocle, dont la première description situe le prêtre
de Zeus, auquel s’adresse ٥dipe, parmi un groupe d’enfants ; il lui répond
d’ailleurs par ces mots : " [¼ ] ils forment eux un choix
de
jeunes gens. ". Ici Pasolini a gardé une seule enfant. Voir le volume
de Sophocle, Tragédies, ٥dipe roi (pp.185-236), Gallimard,
1973, pp.185-187.
31 Il le dit lui-même
en se présentant : " Sono io il messaggero, porto le notizie, sarebbe
bello se non lo sapessi!".
32 Cfr. Flavia Rossi,
Edipo
re : Sofocle e Pasolini, EDAV, Rome, 1992, p.43.
33 Cette rencontre
advient comme une suspension, interrompant alors l’élan qui porte
٥dipe vers le Sphynx, et il faut y voir l’anticipation de sa dernière
étape dans le monde moderne. Tirésias représente ce
qu’٥dipe deviendra après avoir pris connaissance de la vérité.
Il semble que l’état dans lequel le prophète apparaît
à ٥dipe – c’est-à-dire dans la solitude la plus ascétique
– soit une métaphore de la condition du poète, car comme
dit Pasolini à propos de l’épilogue : "Questo è il
momento della sublimazione [¼ ] come la chiama Freud. Variante
del mito è che Edipo finisce per essere allo stesso punto di Tiresia
: egli si è sublimato come fanno il poeta, il profeta, l’uomo di
eccezzione, in qualche modo. Diventando cieco, attraverso l’autopunizione,
e quindi attraverso una certa forma di purificazione, raggiunge la dimensione
dell’eroismo, o della poesia. ", cfr. Vita di Pasolini, Nico Naldini,
cit., p.316. Autrement dit, cette rencontre est la situation où
manifestement Pasolini, en associant ٥dipe au sage, peut constater la portée
créative de son autobiographie. Voir aussi J. R. Dumanoir, in Pasolini
et l’Antiquité, cit., p.68 : " Edipo [...] porte un regard différent
sur Tirésias, au sens où il est beaucoup plus sensible à
sa singularité que chez Sophocle. "
34 N. Naldini, op.
cit., p.313.
35 Cfr. id., p.314.
Pasolini dans l’épilogue a voulu interpréter ses propres
croyances et déceptions dans le monde bourgeois, à l’époque
où il commençait à écrire de la poésie
à Bologne. Dans la longue marche d’٥dipe et les changements de décors
de l’épilogue, il faut retenir le sens du désenchantement
pasolinien, qui va de la société de la bourgeoisie vers le
monde populaire.
36 D. Zanelli, op.
cit., p. 169 : "Ganimede : Narciso Apollo trasformò in un fiore
l’ombra del giovinetto. Tutti i miti ci parlano d’amore, di unioni senza
rivali. Ma io mi sono preso in casa un ospite crudele!".
37 Comme à
chaque fois que l’action se centre sur un personnage en particulier, Fellini
utilise un même procédé qui consiste à faire
apparaître d’abord la silhouette du personnage au premier ou au second
plan dans le cadre, comme pour signifier par le surgissement de cette ombre
un nouveau tournant dans la narration. Ici Eumolpe se présente de
but en blanc et se met à lui parler sans être apostrophé
: " Io sono un poeta. Ma com’è, dirai, che sei vestito così
male ? Proprio per questo. ", cfr. scénario, in op. cit.
38 Au moment de l’écroulement
de la cité, Encolpe allait se suicider. Quand il entre dans la pinacothèque,
Encolpe n’est pas encore remis de l’humiliation qu’il vient d’essuyer à
cause de Giton et Ascylte. La figure nouvelle d’Eumolpe à ce moment-là,
coupe court aux lamentations d’Encolpe et surtout empêche de tomber
dans le drame sentimental.
39 P. P. Pasolini,
Medea,
Garzanti, Milano, 1970, p.31.
40 M. Fusillo, intervention
dans le cadre de la conférence sur Pasolini à la Cinémathèque
de Toulouse, 28 février 2002. Autres intervenants : Edoardo Bruno,
René de Ceccaty, Laura Betti. Voir aussi l’expression de H. Joubert-Laurencin,
cit., p.78, " la leçon de cosmogonie " du Centaure.
41 M. Fusillo, id.
42 R. de Ceccaty,
in colloque Toulouse, cit., part du fait que Pasolini aimait beaucoup les
notes, gli appunti, et que cette tendance à la fragmentation
voulait être, en tout cas pour l’écriture, une superposition
de deux tonalités différentes avec pour résultat une
certaine violence. Ici, dans le cinéma, on retrouve cette recherche,
tout à fait plausible, au cءur des scènes de rencontre, ou
de rivalité, où le rythme se trouve tout à coup suspendu.
Cette thèse est d’autant plus valable que comme le dit Edoardo Bruno
(au cours de ce même colloque) " qu’il n’est pas possible - sinon
par fragments - de retrouver la civilisation d’autrefois ".
43 R. Rinaldi, Pier
Paolo Pasolini, Civiltà letteraria del Novecento, Milan, Mursia,
1982, [chap.VII " Divagazione " pp.268-286], p.273. Il est juste de revenir
aux observations de R. de Ceccaty (voir note précédente)
qui justement, au contraire de Rinaldi, démontre que Pasolini considérait
la fonction du cinéma comme approche du sacré.
44 Cfr. conférence
de la cinémathèque de Toulouse, cit. Fusillo retrace l’histoire
de Médée à travers la production littéraire
et autre (depuis Sénèque, en passant par Euripide, à
Cherubini pour l’opéra etc.) pour évaluer les facteurs de
sa marginalité : Médée démoniaque, Médée
amoureuse et Médée barbare.
45 Voir O. Bohler,
in Pasolini et l’Antique, p.124 : " Ainsi lorsque Créon ira
voir Médée pour lui intimer l’ordre de partir, sous un prétexte
d’abord presque xénophobe, en cours de conversation il subira sa
propre conversion, et avouera enfin les sentiments de crainte qu’il
nourrit pour sa fille [...]. "
46 R. Rinaldi, in
op. cit., p.273.
47 Id., p.269.
48 Id., p.273.
49 P. P. Pasolini,
Medea,
op. cit., p.50.
50 P. P. Pasolini,
Medea,
cit., p.37.
51 O. Bohler, in
op. cit., parle de " conversion ", dans tout ce que de religieux le mot
implique, de Médée, passée brusquement de la sacralité
primitive à la passion pour un individu, à la vue de Jason
: " La conversion de Médée à ce dieu très incarné
que représente Jason s’est d’ailleurs [...] opérée
suivant un ordre de non-raccordement, à son propre détriment
cette fois. Dès l’instant où elle pressent l’entrée
du jeune homme dans le temple de la Toison, les faux raccords se multiplient
autour d’elle, puis comme Saint-Paul elle s’évanouit à la
rencontre de ce nouveau sacré représenté par l’aventurier
: elle tombe vers la droite, et se réveille tournée vers
la gauche, cette fois non plus seulement en faux raccord avec elle-même
mais avec l’ensemble de ce qui a été jusque-la son univers.
", p.120.
52 H. Joubert-Laurencin,
in op. cit., p.230 : " Médée, tombant amoureuse de Jason
par ‘ love at first sight’ , par un amour de première vue, effectue
une ‘conversion à l’envers’ (ou ‘à rebours’)
: Pasolini tient beaucoup à cette formule, qu’il répète
dans tous ses dits et écrits sur le sujet [...] ".
53 Ibid.
54 M. Fusillo, in
conférence de la Cinémathèque de Toulouse, cit. Il
parle de " rencontre-désir " dans cette scène, la tension
doit culminer au point que l’éros suggéré apparaisse
comme " une force obscure et irrationnelle qui ne connaît que la
logique de l’émotion ". Dans son volume, op. cit., il dit : " [...]
l’innamoramento scaturisce quindi senza alcun scambio verbale, comme una
forza sovrumana. ", p.166.
55 Dans la séquence
initiale du sacrifice, Médée se retrouve face au corps suspendu
du condamné, pourtant nu mais en proie seulement au regard majestueusement
impassible de Médée, complètement sourde à
sa sensualité parce qu’encore figée dans la sacralité.
Cette scène est inévitablement associée à la
rencontre de Médée et Jason pour saisir la manière
de Pasolini de décrire le désir naissant.
56 Cfr.Walter Siti,
"
Pasolini et Proust ", pp.73-86, in op. cit., p.83.
57 Id., p.77.
58 M. Fusillo, in
op. cit., p.166.
59 W. Siti, in cit.,
p.85.
60 M. Fusillo, in
op. cit., p.164.
61 Voir H. Joubert-Laurencin,
op. cit., p.225.
62 Id. Comme on le
verra plus profondément pour la scène du meurtre de Laïos,
" (...) beaucoup de choses se passent sur la route, en marchant ou en courant
", p.225. Ces cadrages marquent la frontalité des deux hommes dans
l’espace et l’avancée d’un de ces personnages assure leur isolation.
63 Fabien Gérard,
Pasolini
ou le mythe de la barbarie, Editions de l’Université de Bruxelles,
1981, p.75.
64 E. Bruno, in conférence
Toulouse, cit.
65 Dans la scène
de la recommandation de Médée à ses enfants, la porte
laissée ouverte laisse entrevoir une petite troupe de soldats immobiles,
dont le statisme - bien que cette présence n’a pas de justification
narrative – surtout bouche d’autant l’issue du huis-clos. Mais cela reste
une présence vraiment secondaire.< /font>
66 Après le
rituel du sacrifice humain dans Médée, un plan représente
une étrange disposition hiérarchique de la famille royale
devant sa cour. Les membres de la famille (le roi et la reine au milieu
et Apsyrte et Médée des deux côtés) sont dans
une espèce de plateforme aux arcades, dans laquelle ils apparaissent
comme dans un tryptique. Là aussi l’impression est celle d’un remplissage
quasi forcé d’un espace architectural. Lorsque les servantes de
la cour découvriront le vol de la toison et qu’elles iront se lamenter
auprés du roi et de la reine, le couple sera encore une fois représenté
dans cette plateforme-trône, où il manque Apsyrte et Médée,
enfuis avec les Argonautes.
67 Voir Pasolini
et l’Antiquité, op. cit., p.122. Il est vrai que le monde païen
d’٥dipe roi ou de Médée ne se prête pas
vraiment au terme chrétien d’icône.
68 Rinaldo Rinaldi,
Pier
Paolo Pasolini, chap.VII, pp. 268-286, Mursia, Milano, 1982. Rinaldi
analyse de près les autoportraits de Pasolini et on s’attachera
particulièrement à la description suivante : " [...] una
figura funzionale, pragmatica, un po’ cinica, di se stesso come corpo visibile.
", p.270. Il faut noter que la présence même de l’auteur dans
ses films est toujours justifiée par le soucis d’introduire une
personnalité plus qu’un personnage, et ici en particulier sa figure
appréhende un événement pas vraiment narratif, mais
souligne un changement textuel.
69 H. Joubert-Laurencin,
op. cit., p.223.
70 Id.
71 F. S. Gérard,
op. cit., p.80.
72 O. Bohler, op.
cit., p.122. On pourrait s’attarder en particulier sur ٥dipe : lors de
son départ pour l’oracle de Delphes, s’il refuse une escorte, il
a un accoutrement inadapté au long voyage qui l’attend et est chargé
comme une bête de somme – Créon sera vêtu pareillement
à son retour de Delphes mais en bleu, au lieu du blanc d’٥dipe.
Au fur et à mesure qu’il marchera on le verra se délester
progressivement, jusqu’à se débarrasser avec rage de son
chapeau, devant l’habituelle borne où est écrit " Tebe "
- juste avant sa rencontre avec Laïos où il dérobera
le casque d’un soldat. Cet allègement préfigure le combat
qui se dessine.
73 Cette scène
pourrait s’ajouter aux scènes des confrontations du chapitre précédent,
puisque Médée et sa servante vivent un moment de tension.
Cependant la démarche nerveuse et les plans serrés réduisent
beaucoup l’effet d’opposition entre leur corps, comme d’ailleurs une certaine
complicité et la tendresse qui émanent de leur discours demeurent
en fait très discrets : la scène garde le ton organisateur
de Médée.
74 Cfr. D. Zanelli,
in op. cit., p.172-173. Il faut noter que la disposition des invités
dans la piscine pouvait se confondre avec les grands cierges qui bordent
le bassin : " C’è una ricca illuminazione data da centinaia
di candele, disposte in modo disordinato su tavoli di marmo [...] ; ci
sono anche alti candelabri [...] forniti di grossi candelotti... ".
75 G. Deleuze,
L’image-mouvement,
Cinéma tome 1, Ed. Minuit, Paris, 1999, p.62.
76 Voir D. Zanelli,
op. cit., p.213: "L’ambiente è pieno di fessure, crepe in cui entra
un po’ di luce, in raggi polverosi […]."
77 Id., p. 215 :
" Le rapide immagini della vita esterna della nave sono state soppresse,
ad eccezzione del bagno di Trifena nella tinozza. E’ stata invece aggiunta
la scena di Lica [...] appassionato di lotta greco-romana [...]."
78 Dans le scénario,
on sait que Lichas et son expédition était envoyé
par l’empereur pour enlever des hommes d’une exceptionnelle beauté
ou aux particularités en tout genre, pour le distraire sur son île.
79 M. Fusillo, in
op. cit., p.163. D’ailleurs, il est tout à fait intéressant
de revenir sur un détail relevé par Fusillo, toujours à
la même page : " Pasolini progettò infatti una lunga inserzione,
gli Argonauti, da scrivere in greco (o nel neogreco di Kavafis) secondo
quella libera mistione menippea [...] che segue il modello del Satyricon
di Petronio. " Cela reste tout à fait curieux que Pasolini ait pensé
justement pour le groupe le plus proche des représentations maculines
(massives) de Fellini, à créer une adjonction de type linguistique
visant sans doute à en accentuer la sensualité barbare !
Par ailleurs, ci-joints les épisodes qui notamment représentent
les Argonautes avant que Médée ne finisse avec eux le voyage
: l’arrivée des Argonautes à Iolcos : tous alignés
dans un vaste terrain vague face à Jason qui préfère
entrer dans la cité seul (pour affronter Pélias) ; un gros
plan figurant Jason endormi sur l’épaule d’un compagnon sur le radeau
; la brêve séq. où ils apprivoisent des chevaux ; l’attaque
à cheval d’une civilisation ; le vol d’un trésor gardé
; les Argonautes en alerte à l’arrivée du char de Médée
et Apsyrte.
80 Le scénario
prévoyait une précision de plus (P. P. Pasolini, Medea,
cit., p.50) : " Un lunghissimo, misterioso gioco di sguardi, tra
gli uomini che remano e Medea, seduta in fondo alla barca. Gli uomini si
voltano verso di lei di scorcio [...] col mento sopra la spalla, sudati.
Sono beffardi ? Incuriositi ? Eccitati ? Indifferenti ? Ostili ? Sospesi
? E’ impossibile deciderlo. "
81 Dans le scénario,
on sait que Lichas et son expédition était envoyé
par l’empereur pour enlever des hommes d’une exceptionnelle beauté
ou aux particularités en tout genre, pour le distraire sur son île.
82 M. Fusillo, in
op. cit., p.163. D’ailleurs, il est tout à fait intéressant
de revenir sur un détail relevé par Fusillo, toujours à
la même page : " Pasolini progettò infatti una lunga inserzione,
gli Argonauti, da scrivere in greco (o nel neogreco di Kavafis) secondo
quella libera mistione menippea [...] che segue il modello del Satyricon
di Petronio. " Cela reste tout à fait curieux que Pasolini ait pensé
justement pour le groupe le plus proche des représentations maculines
(massives) de Fellini, à créer une adjonction de type linguistique
visant sans doute à en accentuer la sensualité barbare !
Par ailleurs, ci-joints les épisodes qui notamment représentent
les Argonautes avant que Médée ne finisse avec eux le voyage
: l’arrivée des Argonautes à Iolcos : tous alignés
dans un vaste terrain vague face à Jason qui préfère
entrer dans la cité seul (pour affronter Pélias) ; un gros
plan figurant Jason endormi sur l’épaule d’un compagnon sur le radeau
; la brêve séq. où ils apprivoisent des chevaux ; l’attaque
à cheval d’une civilisation ; le vol d’un trésor gardé
; les Argonautes en alerte à l’arrivée du char de Médée
et Apsyrte.
83 D. Zanelli, cit.,
pp.196-197, scène n.25: "Eumolpe si fa nuovamente più raccolto,
pensieroso: il tono retorico scompare e ritorna una malinconica contenutezza."
84 Id. p.197.
85 Cfr. AA. VV.,
Pasolini
et l’Antiquité,cit., p.137.
86 Id.
87 Pasolini et
l’Antiquité, cit., p.138.
88 Pasolini et
l’Antiquité, cit., p.137.
89 Id
90 Id., p.138.
91 Voir chap. I-
A- 1. La promiscuité quand Jason était encore un enfant ajoutait
une douce familiarité qui ici n’est pas envisageable: Jason part
à la conquète du pouvoir déjà complètement
rationnel, étranger aux sentiments.
92 Le premier plan
de cette dernière partie du prologue montre Jason accroupi au pas
de la porte et Chiron debout à côté de la cheminée.
Cette première scène est filmée à l’intérieur
de la chaumière de Chiron et n’est donc pas effective en ce qui
concerne ce chapitre.
93 Robert Benayoun,
Les
conquérants de la planète mère, " Positif ", n.111,
déc. 1969, in Federico Fellini, dossier " Positif ", Paris,
Ed. Rivages, 1988, p.66.
94 Ornella Volta,
Le
voyage de Fellini, in " Positif ", n.111, déc. 1969, in dossier
id., p.62.
95 Sans doute R.
Benayoun a pensé à cette scène, lorsqu’il a écrit,
in cit., p.65 : " Fellini tient davantage à ses errances au pays
de l’équivoque sexuelle et de l’٥dipe délirant. "
96 Jean-Max Méjean,
Fellini : un rêve, une vie, Paris, Ed. du Cerf, 1987, p.45 :
" […] le jeune mâle, Ascylte, se fait un honneur (et un plaisir)
de satisfaire les désirs lubriques d’une nymphomane enchaînée
dans une carriole bâchée. Cette scène est douloureuse
en ce qu’elle participe de l’incompréhensibilité entre l’homme
et la femme. […] dans son étreinte la nymphomane veut parler et
personne ne la comprend. […] Il y a quelque chose de monstrueux dans cet
accouplement, non pas parce qu’il est forcé, mais parce qu’il n’a
pas de sens. Ni amour, ni désir. Monstrueux. "
97 Cette scène
contient tous les principaux éléments qui caractérisent
le cinéma de Fellini, presque toujours réalisé dans
les grands théâtres de pose de Cinecittà. Ici il y
aurait une longue digression à faire à propos du rapport
entre ce type d’atmosphère " artificiel " et la force conséquente
de la corporalité, surtout si l’on associe l’adjonction quasi systématique
(à la bande son) du souffle du vent dans les scènes dites
d’extérieur (en plus du ciel chargé) dans le cinéma
de Fellini à la théorie de Bachelard selon laquelle : " Il
ne peut y avoir de substance que s’il y a mouvement. Avec l’air, le mouvement
prime sur la substance. " Cfr. Gaston Bachelard, L’air et les songes,
Paris, José Corti édit., 1940, p.16. Fellini en manifestant
l’air de cette manière contribue à renforcer le langage des
corps, de sorte que n’importe quel mouvement des personnages ici rassemblés
exprime quelque chose et rappelle à la taxonomie des corps. Voir
également la conception des " boucles-vents du Dottor Fellini "
in F. Fellini, Cinecittà, Paris, Nathan Image, 1989, p.142.
Curieusement, Pasolini, dans sa recension de Le notti di Cabiria,
dans le volume homonyme dirigé par Lino del Fra, Modena, Cappelli
Edit., 1965, p.231, a une intuition à peu près similaire
: " […] il mondo messo a fuoco mille volte dall’occhio della macchina bruto
e ossessivo, da creare spesse volte magicamente un senso tridimensionale
dello spazio […]: viene fotografata anche l’aria. "
98 R. Benayoun, cit.,
p.67.
99 J-M. Méjean,
cit., p.59.
100 Sur la surabondance
de mouvements, d’évènements et de détails dans l’image
(ce que D. Zanelli, in op. cit., a appelé le principe de "dodecafonia
" du Satyricon), voir une très bonne analyse des effets optiques
de Sergio Arecco, Fellini-Satyricon, in " Filmcritica ", année
XX, n.200, sept. 1969, p.262 : " Una accumulazione di livelli e corredi
ottici che determina aritmia, incongruenza, sproporzioni tra immagine e
parola, linguaggio e senso. " Plus loin : " Nel riprendere le sapide beghe
di Encolpio e Ascilto per il possesso di Gitone [...] e nel dipingere il
celebrato banchetto, la riflessione iconica non riesce a dimensionare l’esuberanza
del dato, e seleziona solamente settori passeggeri della texture
candidata, denunciando un profitto perduto macroscopico […]. La realtà
della rappresentazione schiaccia la realtà del rappresentato, in
simile digesto, espandendo fondi perduti, decentramento inguaribile, distrazione
foriera della distorsione di pieni e vuoti [...]. " Voir également
dans Le notti di Cabiria di F. Fellini, cit., en particulier la
" Nota su Le notti " de P. P. Pasolini, p.228, qui peut s’appliquer
en général aux effets du cinéma de Fellini sur les
spectateurs : " […] provare un senso di sproporzionamento tra l’enormità
dell’ambiente e la meschinità del concreto sensibile ivi trasferito
; ma poi accorgersi che la lumaca-labirinto digerisce e assimila tutto
nei suoi visceri, orrendi e radiosi […]. " ; et p.229 : " Temevo […] la
sproporzione tra il concreto-sensibile di tono, ambito e gusto realistico
e l’immaginario di provenienza quasi surreale, sia pure modificata dall’humour.
" ; enfin et surtout p.230 : " Rossellini puo’ averlo influenzato nel senso
che : l’amore per la realtà è più forte della realtà.
L’organo visivo-conoscitivo restando enormemente dilatato dall’iperfunzione
del vedere e del conoscere. "
101 J-M. Méjean,
cit., p.101.
102 S. Arecco, cit.,
même page. Voir surtout sa définition de la technique de cadrage
fellinienne dans le Satyricon : " […] un disattamento fazioso della
macchina incline sempre alla segnalazione pornografica (nel senso letterale
: appariscente) di segmenti fisico-psicologici. Un’assimetria strutturale,
un’insularità filologica, da ricondurre verosimilmente a una siccità
di movimenti ideologici [...]. "
103 J-M. Méjean,
cit., p.59.
104 Id., p.101 :
" […] ce n’est sans doute pas innocent de la part de Pétrone, et
de Fellini par ricochet, si Eumolpe évoque la tradition mythologique
grecque. Eumolpe était un personnage légendaire de la Grèce
antique chargé de continuer et d’instaurer les mystères d’Eleusis
(rites agraires mystérieux) teinté d’orphisme. Les Grecs
[…] sont doublement bafoués puisque, pendant le banquet de Trimalcion,
personne n’écoute vraiment les Homéristes et que, d’autre
part, on bafoue la tradition hellénique à travers le nom
même d’Eumolpe devenu un piètre poète. "
105 On peut remarquer
que Giton, Ascylte et Eumolpe, formant l’entourage le plus proche d’Encolpe,
ont et représentent chacun un âge précis proportionnel
à la sexualité qu’ils réfléchissent: Giton
l’adolescent androgyne dont Encolpe est éperdument amoureux, Ascylte
le jeune éphèbe dont la vitalité sexuelle dépasse
Encolpe et tous les autres personnages du film, Eumolpe vieil homme et
poète brimé dont l’intérêt pour le sexe n’apparaît
pas. Eumolpe cependant est à rattacher directement à Trimalcion,
lui-même rattaché à Vernacchio, tous les trois, dans
un ordre croisssant, liés par leur vulgaire médiocrité
poétique et artistique.
106 R. Benayoun,
cit., p.66 : " […] La seule véritable catastrophe qui menace un
moment Encolpe, est celle du fiasco sexuel, rendu plus affreux encore par
la présence avide de toute une cité joyeuse autour de lui.
"
107 Paradoxalement
et malgré sa soudaine impuissance, le protagoniste a eu jusque-là
une certaine stabilité sexuelle, dans le sens où " Encolpe
est le seul véritable homosexuel du film. " - cela reste cependant
à vérifier - les autres ne le sont pas exclusivement. Cfr.
J-M. Méjean, cit., p.100. On peut donc confirmer que sa soufrance
(on ne sait si elle est permanente toutefois) devant l’infidélité
et les trahisons de Giton est le premier signal de cette " stabilité
".
108 R. Benayoun,
cit., p.68.
109 Id., p.66.
110 J-M. Méjean,
cit., p.65 : " Certains personnages meurent donc chez Fellini, mais cette
mort semble réservée à des personnages annexes ou
secondaires (quoique très importants dans la symbolique du film).
La mort de l’autre sert au protagoniste principal de rite de passage. "
111 Ici on a la
confirmation qu’Ascylte est l’opposé d’Encolpe. Le Jardin des Délices
est pour lui un paradis, où il peut se donner à une sexualité
sans limites, sans autres divertissements, ne sachant plus où donner
de la tête.
112 En partant du
principe sadien développé par Philippe Sollers, in " Pasolini,
Sade, Saint-Mathieu ", pp.109-119, dans le volume Pasolini, dirigé
par Maria Antonietta Macciocchi, Ed. Grasset et Fasquelle, 1980, p.114
: " Le fondement de la sexualité, ou de ce qui peut s’y éprouver
comme petit spasme fondamental, est lié au meurtre. ", bien sûr
ici ce n’est plus une question de jouïssance, puisqu’Encolpe ne tue
ni Ascylte, ni Eumolpe, mais il s’agit d’une redifinition de sa propre
sexualité qui nécessite la mort de l’autre.
113 J-M. Méjean,
cit., p.58 : "[…] ce tremendum conduit Encolpe, seul héros positif
de Satyricon, à choisir la vie et la jeunesse. " A propos
de la fin du film, cfr. D. Zanelli, cit., pp.15-16. Il y a dans la dernière
scène du film une analogie volontaire avec le mouvement hippie.
On peut difficilement s’empêcher de spécifier que Fellini
en 1968 a été fasciné par la nouvelle tendance de
groupe des jeunes, alors que, en même temps, Pasolini entamait une
analyse parfois très amère, très agressive des comportements
de la nouvelle génération (cfr. P. P. Pasolini, Lettere
Luterane). Cfr. également séminaire de Montpellier, cit.,
intervention de Massimo Tramonti, Pasolini et les jeunes, où
il parle de la position de Pasolini en 1968 qui a fait scandale (à
Valle Giulia, il était du côté des policiers, pas des
étudiants) et où en particulier il affirme que Pasolini n’était
pas accessible aux jeunes. Voir enfin la position de Erri de Luca, dans
l’article In memoria di un estraneo, in " Micromega ", daté
oct-nov. 1995 (Tramonti le situait en 1980) et la polémique du "
Gruppo 63 " avec Edoardo sanguineti e Mario Luzi, dans le vol. Pier
Paolo Pasolini, invito alla lettura, dir. par Rosella Corradi, pub.
à l’issue de l’exposition Organizzar il trasumanar, Servizio
Biblioteche del Comune di Modena, 1996, pp.21-43.
114 R. Benayoun,
cit., p.68 : avec le départ d’Encolpe vers l’inconnu, " Le film
devient en somme un voyage supersonique au-delà de la moralité
: non seulement rien dans le récit archaïque ne laisse figurer
la venue future du christianisme ou une culpabilité qui serait avant-coureuse
du péché, ou même une notion provisoire du cynisme,
mais encore Fellini situe son ءuvre en une zone où tout est littéralement
permis, où meurtre, vice, inceste n’ont de sens autre que repères,
bornes kilométriques entourant on ne sait quel cadran solaire des
étapes vitales. "
115 P. P. Pasolini,
Nota
su Le Notti, in op. cit., p.232.
116 R. Benayoun,
cit., p.66 : " L’onirisme de l’ensemble est de plus en plus évident
d’une minute à l’autre. Suburre n’est qu’un long corridor où
règnent le fard, le tumulte et les malformations d’un ghetto dépravé
où les vices ne sont que des fonctions. "
117 R. Benayoun,
cit., p.66 : " Alors qu’on attendait un carnaval fracassant et un débordement
d’orgies ultra-dolce-vivieuses, Fellini échafaude une aventure picaresque
où rien ne précède ses précédentes escapades
[…]. "
118 Cfr. R. Pineri,
in Pasolini et l’Antiquité, cit., p.100 : " L’ambiguïté
de Médée est celle même du tragique, partagé
entre l’univers mythique ancien où chaque geste , chaque parole,
était en liaison avec la totalité et le monde nouveau, qui
s’ouvre avec l’errance et la dispersion du sens. Lorsque Médée
reprochera aux grecs de ne pas consacrer la terre avant l’installation,
elle a déjà procédé, elle aussi, à un
oubli de la faute tragique, par l’opposition "sauvage" de passion à
passion. " ; ou bien O. Bohler, in id., p.115 : " […] l’enjeu pour Pasolini
est […] le raccordement de ces deux modes de penser, de ces deux esthétiques,
dont dépend en effet l’aboutissement de la tragédie finale.
"
119 M. Fusillo,
cit., p.132.
120 Id., cfr. toute
la deuxième partie du volume.
121 R. Pineri, in
Pasolini
et l’Antiquité, cit., p.99.
122 M. Fusillo,
p.136. Cfr. colloque de Toulouse, cit., où Fusillo spécifie
que cette antithèse mise en relief par Pasolini dans Médée
n’a pas comme finalité de proposer un retour au monde barbare.
123 Cfr. Pasolini
cinéaste, hors série " Les cahiers du cinéma ",
Yann Lardeau, Le mur des métamophoses, p.85 : " […] des actes,
des gestes qui s’enchaînent les uns aux autres du seul fait de leur
exécution. Il y a là une littéralité de l’image,
une transparence des contenus, où se résout immédiatement
toute situation, sans recourir à un dénouement ultérieur
[…]. " Pasolini privilégie l’exposition à l’explicitation
narrative. Voir aussi O. Bohler, in Pasolini et l’Antiquité,
p.115 : "[…] P. développe une économie narrative basée
sur une dévaluation de la syntaxe classique, au profit d’une non-cohérence
qui élimine les nءuds essentiels du récit conventionnel,
tout en privilégiant certains aspects situés en marge du
mythe. " ; et par rapport au scénario, p.117 : " […] dans son passage
à l’image […] le système narratif subit un effondrement,
provoqué par une économie de la coupure et de la non-circulation,
techniques essentielles dans la réalisation du projet pasolinien
de cinéma de poésie. "
124 Catherine Clément,
La
cantatrice muette ou le maître chanteur démasqué,
in Pasolini, dir. par M. A. Macciocchi, cit., p.267 : " […] l’opposition
délibérée entre la culture "femme" que représente
Médée et la culture "homme" que représente Jason.
" Cependant, il y a aussi cet attroupement de femmes, de servantes, autour
de la figure de Glaucé, comme des hommes, des soldats entourent
Créon, ce à quoi on peut ajouter que Pélias est l’unique
figure royale entourée de personnages du sexe opposé, ses
filles.
125 Peut-être
est-ce là une manière de faire une transition narrative tout
en images, les Péliades substituant le rôle du chءur dans
la tragédie grecque. Pour le mythe des Péliades, cfr. Maurizia
Matteuzzi notes 9-10 p. 86, in Euripide, Medea, Ippolito, cit. :
"Le figlie di Pelia […] avevano ucciso il proprio padre, ingannate da Medea.
Secondo il mito (di cui si conoscono diverse varianti), la maga con un
incantesimo ringiovanì un ariete (o finse con un abile trucco di
averlo fatto) lasciandolo bollire in un calderone dopo averlo tagliato
a pezzi, e convinse le figlie di Pelia che avrebbero potuto restituire
il vigire giovanile all’anziano sovrano, usandogli lo stesso trattamento
: ma al momento cruciale, si rifiutò di pronunciare la magica formula
capace di resuscitare Pelia […]. "
126 M. Fusillo,
cit., p.150-151 : " Nella tragedia greca, la frase su Eros ha una funzione
antropologica oltre che poetica : deresponsabilizzare Medea, motivando
tutti i suoi atti con una forza trascendente e invincibile comme Eros ;
nel film è eliminato invece ogni riferimento divino, sostituito
con una più diretta motivazione sessuale […], e con una sottolineatura
tutta pasoliniana del corpo. "
127 Cfr. C. Clément,
cit., p.267-268 : " Ainsi Pasolini sut-il briser la cadre phallocratique
qui érige le personnage féminin –diva, mère, femme,
actrice – en son propre travesti. […] Il restera cette ligne de faîte
qui relie Silvana Mangano à Maria Callas […] et qui […] permet de
mieux comprendre comment Pasolini retournait aux racines même du
clivage hommes/femmes, loin de tout faux-semblant refoulé […]. "
128 Cfr. une remarque
perspicace de M. Fusillo, cit., p.111 : " […] come se per Pasolini il rapporto
coniugale non potesse che improntarsi alla più cruda violenza maschile
[…]. "
129 Id., p.86 :
" Se l’ottica di Freud e Hofmannsthal resta tutta patriarcale, la versione
pasoliniana è invece del tutto ribaltata dalla parte del figlio
[…]. "
130 M. Fusillo,
cit., p.111.
131 Id., p.122.
132 Ibid.
133 Emeric M. de
Lastenz, in Pasolini et l’Antiquité, cit., p.130.
134 Id., p.123.
135 Cfr. la théorie
d’E. M. de Lastenz, cit.,p.129 : " […] le prologue est un ensemble de matrices
[…] ", voir aussi, pp.129-130 à propos du visage de la mère
dans un cadrage centré: " premier événement visuel
marquant ", " image originelle ", " figure génerique", idéalité
de la Mère ", " pur affect ", " il contient virtuellement tout le
drame qui s’accomplira ".
136 Découpage
de la double séquence (Médée revient du palais où
elle a surpris Jason qui dansait. Elle est maintenant dans sa chambre)
: 1) le rêve : image du soleil, dialogue/ en surimpression, visions
de la Colchide et visage de Médée/ sortie de la chambre de
Médée, surimp. Médée au pied du lit et patio/
invocation et ébauches de son plan avec les servantes/ nourrice
sort/ ext. jour, mer/ chambre, Médée et le soleil, coffre
enflammé/ remparts Jason et nourrice/ chambre, Médée
appelle les enfants/ discours de Médée aux enfants et Jason//
traversée de la place Jason et ses fils/ int. palais, Glaucé
reçoit le don porté par les enfants/ alternance habillage
de Glaucé et préparation de la fête dans le royaume/
Glaucé au miroir, hurle/ Glaucé se précipite dehors,
suivie de Créon/ leurs corps enflammés ; 2) la version réelle
: Médée au pied de son lit/ pleure à la fenêtre/
chambre de Glaucé, servantes assises/ entrée de Créon/
Glaucé pleure// séq. du dialogue de Créon et Médée,
ext.// patio, Médée s’évanouit/ Médée
portée sur son lit par ses servantes/ Médée seule
se lève et regarde les enfants de sa fenêtre/ remparts, arrivée
de Jason/ Médée l’accueille à la porte, ext./ étreinte,
int. nuit/ int. jour, Jason et Médée sur le lit/ Médée
appelle les enfants/ discours/ ext. Jason et ses fils/ don à Glaucé/
alternance chambre Glaucé (qui endosse les vêtements de Médée)
et Créon sur son trône/ alternance course de Glaucé
et Créon/ se jettent par-dessus la muraille.
137 M. Fusillo,
cit., p.139 : " Si tratta di un grosso scarto rispetto alle convenzioni
del film narrato, che prevedono una visione immaginaria continua, una continuità
ricercata strenuamente nel cinema contemporaneo ancor più che all’epoca
in cui operava Pasolini […]. "
138 L’infanticide
est ici, plus qu’un crime passionnel, un souvenir déformé
de rites initiatiques, ou un " acte plurivalent ", cfr. Dictionnaire des
mythes littéraires, dir. par Pierre Brunel, Ed. du Rocher, 1988,
p.980.
139 Dans les sociétés
primitives, la violence est rituelle et non pas naturelle, il y a un rôle
fondateur de la violence. Cfr. Michel Covin, Médée, la
violence et le symbole, in " Revue d’esthétique ", en note p.
60 :le meurtre a une fonction culturelle dans la société,
" une société où la violence est le principal opérateur
culturel essentiel à l’organisation, à la cohésion
et à la vie du groupe. " En Colchide, Médée faisait
encore partie d’un " monde où toutes les activités des hommes
sont liées, où il n’existe nulle séparation des fonctions
[…] : une totalité organique qui ignore l’aliénation. ",
p.61.
140 M. Fusillo,
cit., p.80.
141 Cfr. in Pasolini
et l’Antiquité, E. M. de Lastenz, cit., pp.136-137 : "
dédoublement de sa lente progression ", " préfiguration de
sa trajectoire en lignes brisées " et " Pasolini abolit les frontières
entre les régimes d’image " (il unit subjectif et objectif).
142 Christian Biet
(dir.), ٥dipe, Paris, Ed. Autrement, 1999, cfr. J. M. Lanteri,
Mais
où est donc passé ٥dipe ?, chap. Pasolini ou la modernité
oedipienne : entre psychanalyse et marxisme, p.67.
143 Cette scène
ressemble de près au tournage en extérieur de l’oracle de
la Pythie et de l’affrontement d’٥dipe avec Laïos, notamment pour
l’éblouissement du soleil. Autant Fellini que Pasolini ont voulu
exprimer l’angoisse et l’inquiétude du protagoniste.
144 Ici le mythe
est ce qui exprime la valeur des personnages du Satyricon, c’est
ce qui les regroupe et fait d’eux une collectivité au-delà
des modèles fallacieux et stéréotypés qu’on
y trouve. Le mythe est ce qui justifie cette société, même
si celle-ci est décadente, entropique.
145 M. Fusillo,
cit., p.88, et p.86 : " un rituale liberatorio che demistifica il potere
(basta pensare alla risata di Edipo di fronte al gesto di Laio che indossa
la corona) e che si giustifica solo e unicamente su base intrinseca.
146 Il faut préciser
que Pasolini ne mentionne pas les quatre enfants de Jocaste et ٥dipe, peut-être
parce que son histoire exige uniquement une parfaite accentuation de l’inceste
limité aux plaisirs charnels. Voir Edipo re : Sofocle e Pasolini,
F. Rossi, cit., en note p. 41
147 On pourrait
presque dire qu’٥dipe en s’agrippant au corps de Jocaste, n’ait pu qu’y
glisser avec la tunique : à désir révélé,
corps impalpable.
148 Jocaste ne pouvait
pas être tuée par ٥dipe, puisqu’elle était déjà
atteinte par l’agression maximale de celui-ci avec l’accouplement
incestueux répétitif.
149 Didier Pralon,
in Pasolini et l’Antiquité, cit., p.71. Cfr. aussi F. Rossi, in
cit., qui oppose cette scène au texte d’origine pour relever : "
Nel film invece ciò che è pubblico diventa privato. Giocasta
si è uccisa in solitudine. Impiccata la trova il solo Edipo che,
subito, si acceca in assenza di testimoni. Il suo [ il nunzio] discorso
[¼ ] viene pronunciato (e non potrebbe che essere così)
da lui stesso [Edipo] con voce strozzata e lacerata dal dolore.", p.42.
F. Rossi souligne jusqu’ici trois aspects importants : le huis-clos imposé
par Pasolini, l’accentuation, qui en découle, du funèbre
et une souffrance continue. Mais surtout cela permet de noter que la tragédie
s’est refocalisée sur la figure d’٥dipe car F. Rossi ajoute : "Ma,
ad accentuare il senso privato del suo dramma, il regista lo dispone di
spalle alla macchina da presa. " On peut donc dire que le corps de Jocaste,
ou son suicide – également l’obscurité et toute l’atmosphère
de la chambre - sert narrativement d’appui à la douleur d’٥dipe
: ces plans de dos qui excluent aussi bien Jocaste que le geste crucial
de la scène n’exposent que les mouvements vacillants d’un blessé
vif, et ce, non pas pour synthétiser la violence de l’(auto-)agression,
mais pour assimiler la torture à la mort. |