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Le cinéma

"Pagine corsare"
Cinéma

Les contes de Canterbury
Traduction de Justine Lalot

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Les contes de Canterbury est le second film de ce que le producteur lui-même définit la Trilogie de la vie et qui comprend aussi Decameron et Les milles et une nuits

La référence est, cette fois, faite aux nouvelles de Geoffroy Chaucer, dont le rôle est occupé dans le film par Pasolini lui-même [voir l'image à gauche]. À propos de quelques aspects relatifs aux origines littéraires du film, le réalisateur répondra ainsi à une interview : 

« Les contes de Canterbury ont été écrites quarante ans après le Décaméron, mais les rapports entre le réalisme et la dimension fantastique sont les mêmes, mis à part que Chaucer était plus grossier que Boccace ; d’autre part, il était plus moderne, puisqu’en Angleterre il existait déjà une bourgeoisie, comme plus tard dans l’Espagne de Cervantes. C’est-à-dire qu’il existe déjà une contradiction: d’un côté l’aspect épique avec les héros grossiers et plein de vitalité du Moyen Age, de l’autre côté l’ironie et l’autodérision, phénomènes essentiellement bourgeois et signes de mauvaise conscience. »
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Au début du film, Chaucer/Pasolini se joint idéalement à de nombreux pèlerins qui se dirigent vers l’abbaye de Canterbury ; ensuite Pasolini représentera le narrateur qui, à l’intérieur d’une chambre, pensera et écrira les histoires.

Les thèmes de Canterbury sont, comme dans le Décaméron, sexe, amour et mort ; avec l’accentuation de ce dernier : dans tous les épisodes, est en effet représenté un enterrement, un assassinat ou un condamné à mort ou encore un moribond.

Pasolini affronte ensuite avec une grande ironie les thèmes de la violence exercée par la richesse, et de l’immortalité du pouvoir. Le côté désagréable des personnages des classes «hautes» est mis particulièrement en relief par un maquillage très pesant, chargé, vulgaire.

Dans le peuple commun (comme d’habitude, Pasolini utilise des acteurs non professionnels) se retrouve la même gestuelle, les mêmes expressions et physionomies que celles représentées dans le Décaméron.

La musique (aux bons soins d’Ennio Morricone) se réclame des chansons populaires anglaises médiévales et renaissantes. On voit réapparaitre la célèbre chanson napolitaine Fenesta ’ca lucive (déjà utilisée dans le Décaméron) – qui parle de la mort imprévue d’une jeune femme – qui constitue presque un rappel ultérieur de la mort. 

Une des règles les plus rigoureuses, dans les films de Pasolini, est celle d’exécuter un doublage intégral. « Le doublage », disait Pasolini, 

« déformant la voix, altérant les correspondances qui lient le timbre, les intonations, les inflexions d’une voix, à un visage, à un type de comportement, confère un surplus de mystère au film. Avec le fait qu’ensuite souvent si on veut obtenir un rapport déterminé entre le son et l’image, un rapport de valeur précis, on est contraint de changer de voix. Ceci dit, j’aime élaborer une voix, la combiner avec tous les autres éléments d’une physionomie, d’un comportement… Amalgamer… Toujours ma propension pour le pastiche, probablement. Et… le refus du naturel. » 
Laura Betti dans 'Les contes de Canterbury'L’édition italienne des Contes de Canterbury fut doublée en grande partie à Bergamo avec les voix de personnes choisies dans la ville et aux alentours.

Le thème sexuel sera un des éléments de provocation du film qui sera tout de suite repris par les défenseurs d’un hypocrite sens moral et de la pudeur. Les dénonciations pour pornographie et obscénité pleuvront sur le film jusqu’à son apparition dans les salles de projection italiennes. Dans un congrès qui s’est tenu à Bologne à cette période sur le thème « Erotisme, subversion, marchandise », Pasolini fit un long discours, dans lequel, entre autres, il dit : 

« Pourquoi suis-je lié à l’exaspérée liberté de représentation des gestes et des actes sexuels, jusque, justement, comme je le disais, à la représentation en détail et au premier plan du sexe ? J’ai une explication qui me convient et me semble juste, et c’est celle-ci. À un moment de profonde crise culturelle (la fin des années '60), qui a fait penser à la fin de la culture – qui en fait s’est réduite, concrètement, à la rencontre, à sa façon grandiose, de deux sous-cultures : celle de la bourgeoisie et celle de la contestation contre celle-ci – il m’a semblé que la seule réalité préservée fut celle du corps […]. La protagoniste de mes films a donc été ainsi la corporéité populaire.

Je ne pouvais pas – et justement pour des raisons stylistiques – ne pas atteindre les extrêmes conséquences de cette thèse. Le symbole de la réalité corporelle est en effet le corps nu : et, de manière encore plus synthétique, le sexe […] Les rapports sexuels sont pour moi des sources d’inspiration aussi pour eux-mêmes, parce que je vois en eux un charme inégalable, et leur importance dans la vie me semble si haute, absolue qu’elle vaut la peine qu’on lui dédie bien plus qu’un film. Tout bien pesé (en définitive), mon dernier cinéma est une confession aussi de cela, que ce soit clairement dit. Et, comme toute confession est aussi un défini, contenu dans mon cinéma c’est aussi une provocation. Une provocation sur plusieurs fronts. Provocation envers le public bourgeois et bien-pensant […] Provocation envers les critiques, lesquels retirant de mes films le sexe, en ont modifié le contenu, et les ont trouvé vides, ils ne comprennent pas que l’idéologie était présente, elle était justement là, dans le bordel énorme sur l’écran, au-dessus de leurs têtes qui ne voulaient pas comprendre. »

Pour la réalisation du film, il y eut besoin de neuf semaines de prises de vue en Angleterre et un long travail de montage et de doublage. 
« […] c’était une période très particulière, j’étais très, très, très malheureux, je n’étais pas doué pour une trilogie née sous le signe de l’insouciance, du « style moyen », du rêve et aussi du comique, presque abstrait », déclara Pasolini. « Et peut-être si je n’avais pas été aussi malheureux, je n’aurais pas pensé à citer Chaplin aussi ouvertement, avec la canne et le chapeau. » 
Ici Pasolini fait référence à la séquence interprétée par Ninetto Davoli qui imite Charlie Chaplin en en reproduisant quelques gags célèbres. Le réalisateur continue : 
«Je dois aussi dire que le monde que j’ai trouvé en Angleterre, quand je tournais Canterbury, était très différent ; à Naples et dans l’Orient, il n’y avait pas de frontières, je pouvais déchaîner autour de moi ce langage de la terre, des choses, des volcans, des palmiers, des orties et surtout des gens. Au contraire, en Angleterre […] les personnes que je choisissais appartenaient à un monde désormais historisé, bourgeois et cette contrainte pesait sur mon état d’esprit. Il est difficile de parler d’un film comme test d’un état d’esprit, mais pourtant j’ai un rapport toujours très passionnel avec les films que je tourne. Il s’agit de véritables et propres amours».
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VOIR AUSSI:
Le Décaméron de Pier Paolo Pasolini - traduction de Justine Lalot
Le Décaméron de Pier Paolo Pasolini (et de Giovanni Boccace, of course…),
commentaire par Angela Molteni - traduction de Justine Lalot
Le commentaire au Décaméron, Article d'Alberto Moravia - traduction de Justine Lalot
Les milles et une nuits - traduction de Justine Lalot
L'innocente obscénité des corps dans la Trilogie de la vie de Pier Paolo Pasolini

 

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Vedi anche: tutti gli aggiornamenti di "Pagine corsare" da ottobre 1998
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VOIR AUSSI


Recueil de photos


Les oeuvres de P.P. Pasolini


Autour de la figure de Pasolini
Salon du livre, Paris 2002


Livres


Écrits sur le cinéma


Enrico Minardi
La conception, de la langue
poétique chez Pasolini.
Les œuvres
critiques et dialectales
de jeunesse (1940-1948)


Angela Biancofiore
Université Montpellier III
Pasolini


Raja El Fani
Le cinéma antique
de Pasolini et Fellini:
Œdipe roi, Médée
et Satyricon

 


Les contes de Canterbury, Traduction de Justine Lalot

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