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Cinéma Le
commentaire au Décaméron
Au moment de L’Évangile selon st Matthieu, Pier Paolo Pasolini expliqua que, pour l’interprétation, il avait voulu éviter les hypothèses particulières et actualisées et s’en tenir au contraire au sens commun. Qu’est-ce qu’entendait Pasolini par sens commun ? Evidemment, la jouissance du texte, à travers les siècles, « au-delà de l’histoire », de la part d’infinis lecteurs, dans les lieux et les situations les plus divers. Le sens commun : c’est-à-dire le sens de tout ce qui échappe à la mode, à l’histoire, au temps. Pasolini, d’autre part, comme on le sait, est un maniériste, peut-être le plus important de notre littérature après D’Annunzio. Ainsi, jusqu’à L’Évangile selon st Matthieu, nous avons vu ce curieux et raffiné mariage : la vision « inactuelle » du sens commun mariée à des moyens expressifs « actuels » du maniérisme décadent.
Une fois acceptée cette vision dans le fond scandaleuse (par rapport à la morale permissive de manière répressive aujourd’hui) Pasolini est parvenu à travailler sur les nouvelles de Boccace avec toutes les ressources de son esthétique critique et virtuose. D’abord, il a noté que dans le Décaméron la représentation réaliste de la société paysanne est enfermée dans une cadre humaniste et raffiné. Indubitablement, ce cadre a une grande importance ; il crée ce rapport entre la gentillesse et la rusticité, entre le réalisme et la littérature, entre l’imagination et la vérité, ce qui est l’un des aspects les plus fascinants du Décaméron. Ecartant ce cadre illustre et élégant, Pasolini savait qu’il modifiait profondément le texte de Boccace, mais il démontrait en même temps qu’il était un réalisateur irrésistiblement original plutôt que fatalement infidèle. Pasolini n’a pas seulement abandonné le cadre humaniste, mais il a aussi substitué à la fable toscane le dialecte napolitain. On comprend facilement pourquoi. Une fois détruite la fiction de la villa délicieuse dans laquelle, en temps de peste, se retire une bande de gentilshommes et gentilles dames pour profiter de la vie et se raconter des histoires imaginaires, à la représentation du monde de Boccace convenait mieux le napolitain encore vif (parlé) aujourd’hui et agressif au contraire du Toscan aussi exténué jusque dans la bouche des paysans et des artisans.
Une autre solution heureuse est celle du problème de l’érotisme boccacien si proverbial que, en fin de compte, on ne le comprend plus. Pasolini a éliminé toute tentation de décolleté audacieux et a fondu audacieusement la sérénité renaissante (de la Renaissance) avec l’objectalité phénoménologique moderne. Dans le film de Pasolini, il y a plus de nus que dans le Musical Oh ! Calcutta !, mais sans la satisfaction de violer des tabous, le cas échéant avec l’idée de pousser la représentation jusqu’où elle est nécessaire et donc permise. Nous croyons que sous cet aspect, le Decameron pasolinien marquera une étape importante. Peut-être est-ce la première fois que l’acte de la copulation est représenté au cinéma comme pur et simple geste du corps, privé de signification et de valeur, au contraire il est vu comme quelque chose de difficile, de maladroit et d’incommodant qui nécessite la coopération des deux amants.
Les interprètes sont tous bons grâce à leur mérite personnel et aussi grâce à Pasolini qui a su les choisir et les diriger. Mais ils valent surtout comme visages inventés et représentés avec une étrange immédiateté d’encaustique pompéien.
VOIR AUSSI: commentaire par Angela Molteni - traduction de Justine Lalot
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