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Le cinéma

"Pagine corsare"
Cinéma

Les milles et une nuits
Traduction de Justine Lalot

« On ne peut imaginer jusqu’à quel point Pier Paolo Pasolini fut doux et combien sa capacité de complicité, ses silences - parce qu’il était un homme extrêmement silencieux, qui parlait vraiment très peu, qui pouvait rester des heures sans dire un mot, mais sa présence était toujours là, il ne manquait jamais à ses amis,
sa compagnie durant les voyages (nous avons fait de nombreux voyages ensemble, en Afrique, par exemple) nous avions beaucoup de choses en commun : par exemple, la curiosité sociale, l’intérêt et le désir de connaître mieux et de fréquenter le monde de qui est gêné et donc de qui est privé des instruments de la culture et de qui, en fin de compte, est diminué de ce point de vue… » 

Cet extrait provient d’une note de Dacia Maraini sur Pasolini, avec lequel il collabora, à partir de 1972, au scénario des Mille et une nuits.

Avec Les mille et une nuits, Pasolini signe le chapitre plus fascinant de la Trilogie de la vie.

« Ensuite, j’ai fait ce groupe que j’appelle Trilogie de la vie, c’est-à-dire les films sur la physicalité humaine et sur le sexe. Ces films sont assez faciles, et je les ai faits pour opposer au présent de consommation un passé très récent où les corps humains et les rapports humains étaient encore réels, bien qu’archaïques, bien que préhistoriques, bien que rosses, mais toutefois ils étaient réels et ils opposaient cette réalité à l’irréalité de la civilisation de consommation. Mais aussi ces films ont été dans un certain sens dépassés, rendus vieux par la tolérance de la civilisation de consommation ». 
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Tandis qu’il se prépare à réaliser la partie plus chanceuse de sa carrière cinématographique, [Pasolini] sent qu’il a atteint la maturité existentielle et avec elle la conquête de la légèreté et de l’humour : devenant vieux – dit-il – le futur se raccourcit, pèse moins. 
« Finalement vivant comme les oiseaux du ciel et les lys des champs, c’est-à-dire ne m’occupant plus du lendemain, je profite un peu de la liberté et de la vie (cette dernière, j’en ai profité énormément notamment dans le domaine érotique, mais en me dissociant) […] Profiter de la vie (dans le corps) signifie justement profiter d’une vie qui historiquement n’est plus : et la vivre donc en réactionnaire. J’affirme depuis tant de temps des positions réactionnaires. Et je suis en train de penser à un essai intitulé Comment récupérer à la révolution quelques affirmations réactionnaires ? »
Les mille et une nuitssont une sorte de fresque d’un monde, passé et présent – ce troisième monde par lequel le réalisateur, depuis plusieurs années, se sentait particulièrement fasciné et attiré – traversé par un grand sens de sérénité et de sensualité jamais présente avant, de cette façon, dans les films de Pasolini. Il met en scène, donc, son rêve, son idéalisation et mythification du troisième monde. De cette façon, le sexe est libéré des aspects liés à la réciproque possession, à la prévarication, à la domination. Une liberté sexuelle et pleinement réalisée - elle est aussi le symbole de la pureté des sentiments - qui fait en sorte que le sexe n’apparait jamais ni morbide, ni obscène, mais représente au contraire un don réciproque, innocent et délicat, surtout libre des inhibitions et superstructures culturelles.

Pasolini exprime, avec Les mille et une nuits, un cinéma de « pure poésie des images », réussissant à trouver un équilibre serein entre plusieurs composantes essentielles déjà présentes dans ses films précédents, particulièrement dans Œdipe Roi et dans Médée : le rappel prépondérant à la sexualité et la grande majestuosité des paysages, riches en valeurs picturales et en intensité, ainsi qu’un très sensible sens artistique.

Le réalisateur fait doubler ses personnages avec des dialectes marqués du sud de l’Italie qui s’adaptent à la perfection aux visages extraordinaires des personnes du lieu que Pasolini choisit, comme toujours « de la rue ». 

Encore une fois, Ennio Morricone s’occupe des musiques du film.

L’Ethiopie, la Perse, le Yémen, l’Inde, le Népal fournissent les incroyables scénarii, de beauté antique, au film et concourent à décrire un monde de rêves et d’émotions qui est aussi la représentation douce et fascinante de ce qu’était pour Pasolini le troisième monde.

 Voici ce que dira du film son propre auteur : 

« Chaque histoire des Mille et une nuits commence avec une « apparition » du destin, qui se manifeste à travers une anomalie. Maintenant, il n’y a pas une anomalie qui n’en produit pas une autre. C’est ainsi que nait une chaine d’anomalies. Plus une telle chaine est logique, fermée, essentielle, plus l’histoire des Mille et une nuits est belle (c’est-à-dire vitale, exaltante). La chaine des anomalies tend toujours à retourner à la normalité.

La fin de chaque nouvelle des Mille et une nuits consiste en une « disparition » du destin, qui s’entasse dans l’heureuse somnolence de la vie quotidienne. Ce qui m’a inspiré donc dans le film est de voir le Destin avec entrain à l’œuvre, occupé à déphaser la réalité ; non vers le surréalisme et la magie (de cela il y a de rares et essentielles traces dans mon film), mais vers le manque de raison (la déraison) révélateur de la vie qui, seulement s’il est examiné comme un "rêve" ou une "vision", apparait comme significatif.
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J’ai fait donc un film réaliste, plein de poussières et de figures pauvres. Mais j’ai fait aussi un film visionnaire, dans lequel les personnages sont « volés et contraints à une anxiété cognitive involontaire, de laquelle l’objet est les évènements qui arrivent ».
[Citations tirées de Nico Naldini, Pasolini, une vie, Einaudi, Turin, 1989.]
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VOIR AUSSI:
Le Décaméronde Pier Paolo Pasolini - traduction de Justine Lalot
Le Décaméron de Pier Paolo Pasolini (et de Giovanni Boccace, of course…), 
commentaire par Angela Molteni - traduction de Justine Lalot
Le commentaire au Décaméron, Article d'Alberto Moravia - traduction de Justine Lalot
Les contes de Canterbury- traduction de Justine Lalot
L'innocente obscénité des corps dans la Trilogie de la vie de Pier Paolo Pasolini

 

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Vedi anche: tutti gli aggiornamenti di "Pagine corsare" da ottobre 1998
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VOIR AUSSI


Recueil de photos


Les oeuvres de P.P. Pasolini


Autour de la figure de Pasolini
Salon du livre, Paris 2002


Livres


Écrits sur le cinéma


Enrico Minardi
La conception, de la langue
poétique chez Pasolini.
Les œuvres
critiques et dialectales
de jeunesse (1940-1948)


Angela Biancofiore
Université Montpellier III
Pasolini


Raja El Fani
Le cinéma antique
de Pasolini et Fellini:
Œdipe roi, Médée
et Satyricon

 


Les milles et une nuits, Traduction de Justine Lalot

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