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Cinéma Les
milles et une nuits
Cet extrait provient d’une note de Dacia Maraini sur Pasolini, avec lequel il collabora, à partir de 1972, au scénario des Mille et une nuits. Avec Les mille et une nuits, Pasolini signe le chapitre plus fascinant de la Trilogie de la vie. « Ensuite, j’ai fait ce groupe que j’appelle Trilogie de la vie, c’est-à-dire les films sur la physicalité humaine et sur le sexe. Ces films sont assez faciles, et je les ai faits pour opposer au présent de consommation un passé très récent où les corps humains et les rapports humains étaient encore réels, bien qu’archaïques, bien que préhistoriques, bien que rosses, mais toutefois ils étaient réels et ils opposaient cette réalité à l’irréalité de la civilisation de consommation. Mais aussi ces films ont été dans un certain sens dépassés, rendus vieux par la tolérance de la civilisation de consommation ». ![]() Tandis qu’il se prépare à réaliser la partie plus chanceuse de sa carrière cinématographique, [Pasolini] sent qu’il a atteint la maturité existentielle et avec elle la conquête de la légèreté et de l’humour : devenant vieux – dit-il – le futur se raccourcit, pèse moins. « Finalement vivant comme les oiseaux du ciel et les lys des champs, c’est-à-dire ne m’occupant plus du lendemain, je profite un peu de la liberté et de la vie (cette dernière, j’en ai profité énormément notamment dans le domaine érotique, mais en me dissociant) […] Profiter de la vie (dans le corps) signifie justement profiter d’une vie qui historiquement n’est plus : et la vivre donc en réactionnaire. J’affirme depuis tant de temps des positions réactionnaires. Et je suis en train de penser à un essai intitulé Comment récupérer à la révolution quelques affirmations réactionnaires ? » Les
mille et une nuits
sont une sorte de fresque d’un monde, passé et présent –
ce troisième monde par lequel le réalisateur, depuis plusieurs
années, se sentait particulièrement fasciné et attiré
– traversé par un grand sens de sérénité et
de sensualité jamais présente avant, de cette façon,
dans les films de Pasolini. Il met en scène, donc, son rêve,
son idéalisation et mythification du troisième monde. De
cette façon, le sexe est libéré des aspects liés
à la réciproque possession, à la prévarication,
à la domination. Une liberté sexuelle et pleinement réalisée
- elle est aussi le symbole de la pureté des sentiments - qui fait
en sorte que le sexe n’apparait jamais ni morbide, ni obscène, mais
représente au contraire un don réciproque, innocent et délicat,
surtout libre des inhibitions et superstructures culturelles.
Le réalisateur fait doubler ses personnages avec des dialectes marqués du sud de l’Italie qui s’adaptent à la perfection aux visages extraordinaires des personnes du lieu que Pasolini choisit, comme toujours « de la rue ». Encore une fois, Ennio Morricone s’occupe des musiques du film. L’Ethiopie, la Perse, le Yémen, l’Inde, le Népal fournissent les incroyables scénarii, de beauté antique, au film et concourent à décrire un monde de rêves et d’émotions qui est aussi la représentation douce et fascinante de ce qu’était pour Pasolini le troisième monde. Voici ce que dira du film son propre auteur : « Chaque histoire des Mille et une nuits commence avec une « apparition » du destin, qui se manifeste à travers une anomalie. Maintenant, il n’y a pas une anomalie qui n’en produit pas une autre. C’est ainsi que nait une chaine d’anomalies. Plus une telle chaine est logique, fermée, essentielle, plus l’histoire des Mille et une nuits est belle (c’est-à-dire vitale, exaltante). La chaine des anomalies tend toujours à retourner à la normalité. ![]() J’ai fait donc un film réaliste, plein de poussières et de figures pauvres. Mais j’ai fait aussi un film visionnaire, dans lequel les personnages sont « volés et contraints à une anxiété cognitive involontaire, de laquelle l’objet est les évènements qui arrivent ».
VOIR AUSSI: commentaire par Angela Molteni - traduction de Justine Lalot
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