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"Pagine corsare"
Livres

Pasolini : pour une anthropologie poétique
Textes recueillis par Angela Biancofiore
Presses Universitaires de la Méditerranée
2007

Introduction, Angela Biancofiore
Auteurs
L'ءuvre d'Angela Biancofiore, qu'illustre le livre

A partir des années 50 tout le travail de Pasolini (1922-1975) se construit autour d’un axe central d’intérêts qui constitue le véritable moteur de sa création : les valeurs culturelles d’une communauté, et précisément le processus, toujours à l’ءuvre, de création et disparition des mondes culturels.

Ce volume collectif, qui reprend une partie des communications présentées à l’occasion du colloque Pasolini : pour une anthropologie poétique (Université de Montpellier III, mars 2002),  propose déjà dans le titre un « certain regard » sur l’ءuvre de l’écrivain et du cinéaste. La figure du « poète anthropologue » se révèle de plus en plus actuelle car notre époque vit de manière intense la disparition des cultures, des langues, des mondes, à travers les phénomènes des migrations et de la mondialisation. 

Lire Pasolini aujourd’hui dans cette perspective signifie, entre autres, revenir à son engagement sans espoir, à son nihilisme actif des dernières années, à la capacité de voir le mythe s’enraciner et devenir dans l’histoire.


Introduction

Pasolini : pour une anthropologie poétique

« La poésie est là pour nous rappeler ce qui nous tient debout dans l’histoire »
 (Odysseas Elytis, Discours pour le prix Nobel)

« Toi Ménécée, tu resteras ici avec nous. Ta soif de mort ne doit pas être satisfaite »
(Pier Paolo Pasolini, Panagoulis)


    Le colloque qui s’est tenu à l’Université de Montpellier les 8 et 9 mars 2002 proposait – déjà dans son titre – un certain regard sur l’ءuvre de Pasolini, une sorte d’orientation de lecture : «  Pour une anthropologie poétique ». 
    En effet, à partir des années 50, le travail de l’écrivain se construit autour d’un axe central d’intérêts qui constitue le véritable moteur de sa création : les valeurs culturelles d’une communauté, et précisément le processus toujours à l’ءuvre de création et disparition des mondes culturels.
    Le poète « anthropologue » observe le présent en devenir en cherchant constamment les instruments théoriques adéquats à l’interprétation de la réalité, tout en sachant que cette réalité tend, sans cesse, à lui échapper.
    Le livre de l’économiste Giulio Sapelli sur Pasolini (Modernizzazione senza sviluppo. Il capitalismo secondo Pasolini, Bruno Mondadori, 2005) et le colloque organisé par l’ethnologue Nicoletta Diasio à l’Université de Strasbourg en mars 2006, confirment, en quelque sorte, une nouvelle orientation des études pasoliniennes centrées sur la dimension anthropologique de son ءuvre.
    Les textes proposés dans ce volume essaient d’ouvrir des perspectives de lecture sans limiter le travail de l’interprétation à des éléments biographiques ou purement esthétiques, tout en évitant le risque  des réactions  polémiques et stériles qui ont souvent empêché, dans le passé,  d’aborder de manière approfondie et équilibrée l’ءuvre de Pasolini.

    Pour le poète, constamment  tendu dans l’effort de comprendre les transformations de l’histoire, l’acte de l’abjuration, geste réitéré, méthodique, révèle la volonté de ne jamais cristalliser sa pensée dans des schémas idéologiques préfabriqués. Le métier de l’écrivain est gouverné par la devise : « adapter le télescope à l’horizon et non l’horizon au télescope» ; l’activité frénétique de Pasolini est l’expression de son engagement pour la compréhension du présent, dans la perspective d’une volonté d’action dans le réel.
    Pourtant, il ne s’agit pas de l’ءuvre d’un sociologue ou d’un anthropologue : Pasolini est poète avant tout, c'est-à-dire, étymologiquement, créateur. Sa pensée se traduit en écriture, et son écriture se métamorphose en action  au cours d’un travail de compréhension du réel et de communication d’une vision du monde. En même temps, son action est écriture et sa vie fait partie de son ءuvre : « je serai poète de choses », «  Les actions de la vie ne seront que communiquées,/ et seront, elles, la poésie, / puisque, je te le répète, / il n’y a pas d’autre poésie que l’action réelle » (Il poeta delle ceneri, Qui je suis, traduit, présenté et annoté par Jean-Pierre Milelli, Paris, Arléa, 2004).
    L’écrivain manifeste à plusieurs reprises l’exigence d’être sur un front, en permanence : toujours sur la « ligne de feu », car, au-delà de ce seuil, la création assume les tons d’une contestation conventionnelle qui serait entièrement absorbée par le système.

    Sur la « ligne de feu » : Erri De Luca se souvient de lui, de sa présence physique – non seulement intellectuelle – dans les rues de Rome, sur les places, entre la foule des manifestants et la police, lors des grandes manifestations de 68, alors que la ville se transformait en immense désert. 
    La poésie est « l’art de nous rapprocher de ce qui nous dépasse » : ainsi s’exprime le grand poète grec Odysseas Elytis ; sa vision du travail poétique est très proche des raisons profondes de l’écriture pasolinienne. L’idée de l’écriture comme expérience des limites revient dans le titre du livre de poèmes Trasumanar e organizzar, « transhumaniser », c’est-à-dire « aller au-delà de l’humain »…
    La création littéraire et cinématographique a permis à Pasolini de faire, disait-il, l’expérience de l’ailleurs, mais aussi l’expérience de l’altérité, à travers les romans consacrés à la vie des banlieues populaires de Rome.
    La confrontation avec l’autre s’avère un geste nécessaire  car c’est l’autre qui me révèle et qui me remet en question. Le cinéma a permis à Pasolini de voyager, de découvrir et de filmer le « Tiers Monde », un monde archaïque qui se présente immédiatement à lui dans sa dimension mythique.

    Tout – à ses yeux – devient mythos. Et non pas pour « fuir le réel », aux dires de certains, car le mythe n’est pas fable, au contraire, il est d’emblée enraciné dans l’histoire d’une communauté. C’est la vision mythique qui permet un échange symbolique et une réappropriation du sens du réel. Pasolini a une intense activité mythopoïetique, il crée continuellement ses propres mythes – le paysan du Frioul, le sous-prolétaire romain, le Tiers monde…–  qui ont la fonction de refonder, en poésie et à plusieurs reprises, l’espoir en l’avenir. 
Dans les années 70 l’absence de croyance amène le poète dans un univers où règne un étrange nihilisme actif. L’engagement sans espoir, une « vitalité désespérée », marque la dernière phase de la vie de l’auteur, autant dans le domaine de la littérature que dans le cinéma : les ءuvres Petrolio et Salò témoignent de cette absence de perspectives. L’horreur exerce une sorte de fascination sur l’écrivain-cinéaste qui devient un fervent lecteur de Georges Bataille, entre autres, surtout pendant le tournage de Salò
    Mais quelle est la limite de l’horreur ? La vie serait-elle toujours associée à sa négation ? Jusqu’où amener le spectateur dans cette « descente aux enfers » de l’abjection ?
    La signification allégorique de Salò, affichée par l’auteur, n’exclut pas la fascination  pour le sadisme et le masochisme, assez ouvertement admise, d’ailleurs, dans certaines poésies.
    L’auteur de la Trilogie de la vie (La fleur des mille et une nuit, Decameron, Les contes de Canterbury) abandonne, à un certain moment, sa dimension joyeuse : pourtant, comme le souligne Elytis, le chemin qui conduit vers « les démons » n’est pas moins difficile que celui qui mène vers la lumière.
    A côté de la pulsion vers la « barbarie »  qu’on retrouve, entre autres, dans Porcile et Salò, il existe une dimension solaire chez Pasolini, un amour pour la vie et une défense de la vie : j’aime me souvenir de ces pages où l’auteur affirme avec vigueur l’inutilité du sacrifice du poète, notamment lorsqu’il défend Alekos Panagoulis, condamné en Grèce à la peine capitale par le régime des colonels. Alors, les exigences de l’être vital l’emportent sur la négation de la vie. Cependant, celui qui aime la vie aime forcément la mort dans la vie.
    Le colloque de Montpellier célébrait en mars 2002 la naissance du poète, ses quatre-vingts ans,  et non pas sa mort ; son ءuvre et son visage restent toujours fortement marqués par sa vitalité, et dans son univers tissé d’oxymorons la vision tragique de l’humain ne contredit pas son chant solaire et sa célébration de la vie.

Montpellier, 21 janvier 2007


Auteurs

Angela Biancofiore, Pasolini : pour une anthropologie poétique
José Guidi, « Sono tornato tout court al magma » : la désintégration de l'écriture poétique pasolinienne, et ses raisons
Irina Possamai, Poésie et représentation. L'Ombre de Sophocle, un guide
Duarte-Nuno Mimoso-Ruiz, Calderón (1973) de Pasolini ou la problématique “intégration de l'Auteur dans le cadre du pouvoir”
Hervé Joubert-Laurencin, Fulgurations figuratives. La présence brève des arts dans les écrits de Pasolini pour le cinéma et le théâtre
Massimo Tramonte, Pasolini e i giovani del '68 : « Una storia sbagliata »
Giuseppe Zigaina, Pasolini e Sanguineti
Pascal Gabellone, Pasolini ou la passion de l'impur
Antonio Prete, Pier Paolo Pasolini : la poesia, la vita
Vanessa De Pizzol, Pasolini et le corps meurtri du Poète
Bernadette Rey-Mimoso-Ruiz, L'Exotique sous le regard de Pasolini
Angela Biancofiore, Pasolini, l'écriture et l'action : de l'espoir à l'utopie


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Pasolini : pour une anthropologie poétique
Presses Universitaires de la Méditerranée
Université Paul Valéry
17, rue Abbé de l’épée, 34199 Montpellier cedex 5
Tél. 0033 4 99 63 69 23
Fax : 0033 4 99 63 69 29

 

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Vedi anche: tutti gli aggiornamenti di "Pagine corsare" da ottobre 1998
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Pasolini : pour une anthropologie poétique, Textes recueillis par Angela Biancofiore
Presses Universitaires de la Méditerranée, 2007

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Angela Biancofiore, Pasolini, La Guinea - 1987 - tecnica mista 100 x 70