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Notizie letterarie Il y a trente ans,
la mort de Pasolini
Trente
ans après le meurtre du cinéaste et poète italien
Pier Paolo Pasolini, les commémorations sont marquées mercredi
2 novembre 2005 par le mystère qui continue à entourer les
circonstances de sa mort. Pasolini a été découvert
mort dans la nuit du 2 novembre 1975, sur une plage d'Ostie, près
de Rome. Il était âgé de 53 ans. Pino Pelosi, un garçon
âgé de 17 ans au moment des faits, a été condamné
à neuf ans de prison après ses aveux.
Selon la version officielle, il avait agi seul et voulait se défendre du poète qui tentait de le violer. A moins qu'il n'ait été l'instrument d'un complot fascistes, ou orchestré par des politiques dérangés par les textes virulents de Pasolini contre la Démocratie Chrétienne. Cette dernière thèse semble avoir la préférence de la mairie de Rome, qui a demandé jeudi la réouverture de l'enquête. La mairie de gauche a annoncé son intention de se constituer partie civile. Nouveaux témoignages "De nouveaux éléments démontrent que Pino Pelosi n'a pas tué Pasolini seul, peut-être même n'a-t-il pas du tout participé à l'assassinat", a affirmé le responsable des politiques culturelles de la mairie de Rome, Gianni Borgna. La mairie se fonde sur de nouveaux témoignages. Pino Pelosi lui-même est revenu sur ses aveux. Le 7 mai 2005, au cours de l'émission de Francesca Leosini, "Ombre sul giallo" sur Rai 3, Pino Pelosi a prétendu ne pas avoir assassiné Pasolini. "Je suis innocent", dit-il, en accusant trois inconnus qui les auraient agressés par surprise, Pasolini et lui. Il affirme avoir avoué le meurtre à l'époque par peur de représailles après avoir reçu des menaces contre lui et sa famille. Mais ce nouveaux témoignage n'a pas été jugé crédible par la justice: il s'agit d'une exclusivité payante accordée à la chaîne de télévision. "Mais comment le 'meurtrier' a-t-il pu tuer Pasolini de ses mains, alors qu'on n'a retrouvé quasiment aucune trace de sang sur ses vêtements quand il a été arrêté, le soir même des faits?", a demandé Gianni Borgna. Menaces de mort Parmi les débats organisés pour commémorer les trente ans de la mort de Pasolini, certains abordent les circonstances mystérieuses de sa mort. Une reconstitution des faits sera présentée dans un théâtre romain par Carlo Lucarelli, célèbre pour ses romans policiers et ses émissions à la télévision sur de grandes affaires judiciaires. Carlo Lucarelli a rappellé que Pasolini avait été menacé de mort à plusieurs reprises par l'extrême droite. Pour tous ceux qui refusent la version officielle, Pasolini était un intellectuel provocateur, témoin d'une société italienne marquée par de fortes tensions politiques. Egalement journaliste, Pasolini avait été l'un des premiers à mettre en cause les institutions dans les attentats commis par l'extrême droite, notamment à Milan en 1969, où il y a avait eu 16 morts. Des expositions évoqueront jusqu'en janvier prochain le parcours et l'œuvre de Pasolini, notamment à travers des clichés inédits du tournage des scènes finales de "Salo ou les 120 journées de Sodome". Des expositions retraceront les liens entre le cinéaste et Rome. Son œuvre dérange Né le 5 mars 1922
à Bologne, fils d'un militaire de carrière, Pier Paolo Pasolini
devient enseignant, avant de perdre son poste détournement de mineurs
et actes obscènes dans un lieu public. Son premier roman Les Ragazzi
en 1955, lui vaut la notoriété, mais aussi le scandale. Il
est poursuivi pour obscénité.
* * * Trente ans après
sa mort.
Le 2 novembre 1975, le
corps supplicié du cinéaste-poète était retrouvé
Le 2 novembre 1975, jour des Morts, sur une plage désolée d'Ostie, on découvre à l'aube le corps torturé de Pier Paolo Pasolini. L'écrivain gît à plat ventre, un bras caché sous le corps. Ses cheveux imbibés de sang retombent sur son front, profondément lacéré. Sa mâchoire est fracturée, ainsi que sa main gauche. Ses oreilles à moitié décollées. Il a le sternum enfoncé et dix côtes cassées, le coeur éclaté. Une voiture - la sienne - était passée plusieurs fois sur son corps. Devant cette horreur, les amis de Pasolini accumulent alors les questions: comment un garçon de 17 ans, Pino Pelosi, dit «Pino la Rana» (Pino la Grenouille), choisi par l'écrivain à la gare de Termini pour une prestation sexuelle, a-t-il pu tout seul réduire à l'état de loque sanglante un homme de 53 ans robuste et adepte du karaté? Comment a-t-il pu sortir indemne de la bagarre, avec seulement cinq gouttes de sang sur son paletot? Pourquoi revendique-t-il la responsabilité de cet homicide? Qui couvre-t-il? Aujourd'hui, ces mêmes amis ajoutent: «Pourquoi Pelosi s'est-il tu pendant trente ans?» J'étais allée interviewer Pino la Rana dans sa prison de Rebibbia en octobre 1993. Il m'avait alors déclaré: «Quand on m'a arrêté, je mourais de peur. Si j'avais eu un complice, j'aurais donné dix fois son nom, plus celui de ma grand-mère, et j'aurais chanté "Aïda" en supplément.» Mais alors pourquoi Pino avance-t-il aujourd'hui l'hypothèse d'un trio d'assassins? Impossible de lui poser cette question: il est à nouveau emprisonné pour deal de cocaïne. La journaliste qui a recueilli son interview choc, Franca Leosini, a son idée: «Il s'est longtemps tu parce qu'il avait peur pour ses proches. Il avait reçu des menaces les concernant. S'il parle maintenant, c'est parce que tout le monde est mort.» Dans sa vie, Pelosi a fait en tout vingt-trois ans de prison, dont neuf ans et huit mois seulement (il était alors mineur, il est vrai) pour l'assassinat de Pasolini. Le reste? Pour deals, hold-up et vols de voitures. Pelosi est un de ces «ragazzi di vita» sans avenir qui fascinaient tant Pasolini pour leur façon de vivre constamment au bord de l'abîme. Certains avancent une autre hypothèse: sans le sou et sans boulot, Pelosi essaierait de se faire de la pub avec ses récentes et fracassantes déclarations, avec l'espoir de les monnayer. (Un exemple: lors de notre rencontre à Rebibbia, Pelosi avait réussi à me dérober mon portefeuille dans le parloir de la prison. Puis une fois sorti, il avait essayé de se faire payer son interview.) Fin juin, le parquet de Rome a rouvert l'enquête et la municipalité s'est portée partie civile. Mais personne ne se fait beaucoup d'illusions. Il est peu probable que les trois assasins évoqués par Pelosi soient jamais retrouvés et jugés. «Autant tenter de recoller les morceaux d'un vase cassé trente ans plus tôt», dit Nino Marazzita, avocat de la partie civile. Mais un nouveau procès pourrait au moins permettre de comprendre comment le meurtre de Pasolini a pu éventuellement s'inscrire dans le contexte des années 1970 et de la criminalité politique qui faisait alors rage en Italie, avec une droite subversive - alliée à certaines franges des services secrets - qui n'hésitait pas à fomenter des attentats terroristes, en application de la fameuse «stratégie de la tension» dont le but principal était de barrer à tout prix le chemin du pouvoir aux communistes. Or Pasolini, qui dénonçait régulièrement une Italie hédoniste et corrompue et qui ne cachait ni sa militance homosexuelle ni son engagement communiste, constituait une cible plausible pour une extrême-droite aussi homophobe qu'anticommuniste. «Mais tout le monde a tout fait pour que l'homicide Pasolini reste une histoire-gay-qui-a-mal-tourné, un martyre homo», remarque Marazzita. Quels qu'en soient les motifs, la dernière version de Pino la Rana aura au moins eu le mérite de remettre en lumière l'importance d'un des intellectuels les plus significatifs du XXe siècle. C'est déjà ça.
De Dante à Pasolini...
Modérés et hédonistes, les Italiens ? C'est oublier que leur littérature résonnede voix solitaires prêchant l'insoumission L'Italie est devenue molle et consensuelle, depuis que les dernières grandes voix se sont tues. Elio Vittorini est mort en 1966, Pier Paolo Pasolini en 1975, Leonardo Sciascia en 1989. Fustiger Berlusconi est de bonne guerre, mais qu'a fait la gauche avant lui, au pouvoir pendant cinq ans? Ses ambitions culturelles ont été égales à zéro. Au moment où le troisième et dernier tome des «OEuvres complètes» de Sciascia paraît dans la monumentale édition préparée par Mario Fusco (Fayard), on prend toute la mesure de l'écrivain sicilien. Par le biais de fables historiques ou d'apologues modernes, il n'a cessé de dénoncer les vices italiens: utilisation des charges publiques à des fins privées, abus de pouvoir, corruption, emphase vaniteuse. Son style même, sec, nu, décharné, inspiré de Voltaire, antidote aux chichis ampoulés de la rhétorique nationale, était une merveilleuse arme de combat. Vittorini, lui, dans l'extraordinaire «Conversation en Sicile», maniait le fouet de l'ironie et de l'imprécation bibliques. Plus radical encore, Pasolini («Ecrits corsaires», «Lettres luthériennes») défonçait à coups de bélier les sacro-saintes portes du «Palazzo» (il appelait ainsi tout ce qui était autorité, gouvernementale ou parlementaire). On ne pouvait l'enrôler dans aucun camp. Lors de la révolte étudiante de 1968, il écrivit un poème où il prenait la défense des policiers contre les insurgés, car ceux-ci, disait-il, sont des fils de bourgeois, et les flics des fils du peuple. La permissivité sexuelle? Un funeste affadissement de la vie, une école de lâcheté, un désastre pour les émotions un peu fortes. De telles prises de position indignaient la gauche, dont il faisait partie, sans se priver d'en critiquer le moralisme bien-pensant. Cette même gauche qu'il a achevé de scandaliser en se faisant assassiner par un gigolo sur une plage de novembre, au lieu de militer en brave boy-scout du socialisme. Pour bien comprendre la situation de l'écrivain en Italie, il faut se rappeler que celui-ci ne joue aucun rôle social, contrairement à ce qui se passe en France. Il n'est ni reconnu ni respecté. Il n'exerce aucune influence sur la vie publique. Les dirigeants politiques sont la plupart du temps des illettrés. L'écrivain est seul. Ou bien il se confine dans ses écritures en espérant être lu un jour (Leopardi, Svevo, Pavese), ou bien il élève la voix et devient du même coup un prophète, car il n'y a que le désert pour l'entendre. Celui qui a fondé la langue italienne et reste l'écrivain italien le plus célèbre appartenait à cette race de pythies: Dante, qui a payé par l'exil et la mort loin de sa patrie la brutalité de sa franchise. Savonarole, moine dominicain qui dénonçait la place abusive occupée par l'art à Florence, a été brûlé vif. Brûlé vif, un autre moine dominicain, Giordano Bruno, qui prêchait la liberté de l'amour. Emprisonné à vie et mort dans sa geôle, Antonio Gramsci, fondateur du PCI et adversaire irréductible de Mussolini, dont l'action politique a relégué au second plan une oeuvre philosophique et littéraire pourtant magnifique. Tous les écrivains du non n'ont pas subi un sort aussi tragique. Le plus beau livre du xxe siècle reste «Le Christ s'est arrêté à Eboli», de Carlo Levi. Carlo Levi était médecin de profession et peintre de vocation. Juif turinois, il faisait partie d'un réseau de résistance antifasciste, quand la police l'arrêta, quelques années avant la guerre, et l'expédia au confino (on appelait ainsi la résidence forcée dans un minuscule village du Mezzogiorno, hors de tout contact avec le monde «civilisé»). Carlo Levi atterrit en Lucanie, la région la plus pauvre, la plus déshéritée du Sud. Il y découvrit quelque chose de plus grave que le fascisme: l'ignorance de ses compatriotes du Nord et du Centre, leur mépris de cette réalité méridionale qu'ils ne connaissaient pas, réalité si différente de la réalité européenne. Dans ces zones où le christianisme est à peine arrivé, les qualités humaines les plus précieuses côtoient les superstitions les plus archaïques. Carlo Levi revint sain et sauf de l'exil et publia son récit après la guerre. Texte dépourvu de toute polémique, mais qui, par la simple description de cette société en marge, riche de coeur et d'esprit malgré des conditions d'existence misérables, dévoilait le racisme permanent qui sévit à Turin comme à Milan, à Florence comme à Rome, et explique encore beaucoup d'aspects déplaisants chez les dirigeants politiques actuels. Comment s'étonner que, dans le pays que Dante appelait «du si» (oui), mais qui a révélé sa grandeur dans une suite de non retentissants, l'Holocauste ait inspiré à un Italien le livre le plus fort sur ce crime? Un autre Levi, un autre Juif turinois en est l'auteur, Primo, le premier assurément, pour l'admirable sérénité de son témoignage. «Si c'est un homme», sous son mince volume, mérite d'être mis au rang des massifs rapports de Soljénitsyne contre le goulag. Les Italiens passent pour un peuple mesuré, modéré, sympathique, bon enfant, de bonne compagnie, un peu ramolli dans les circonvolutions de la pasta et sous les caresses crémeuses du gelato. Mais il y a un côté russe chez eux, qui, de temps à autre, les dresse en justiciers implacables, voire en martyrs de la vérité. Dominique Fernandez.
SiffletsBerlusconit aiguë.
Le magazine italien.
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