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Pier Paolo Pasolini
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"Sur terre la chair est pesante
Au ciel elle est lumière." 
Pier Paolo Pasolini - Poèmes à Casarsa - 1944 - 1949
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Pour comprendre la vie de Pier Paolo Pasolini, il faut connaître les circonstances de sa mort.
Son éxistence, son oeuvre chaotique et contradictoire ne prend sens que dans sa mort: massacré à coup de planches, la tête fracassée, les menbres désarticulés, écrasé par sa propre voiture, le corps déchiqueté de Pier Paolo Pasolini est découvert dans un terrain vague près d'Ostie, dans le décor même de son premier film, victime d'un lieu qu'il avait lui-même fréquenté et décrit dans Accatone (Le Mendiant) - 1961- et Mamma Roma - 1962 - ou dans les Ragazzi (Les mauvais garçons) -1955 -
Nous sommes à l'aube du jour des Morts, le 2 novembre 1975.
Pier Paolo Pasolini avait 53 ans.
Un garçon de dix sept ans, prostitué notoire s'accuse aussitôt du crime avec une insistance obstentatoire, revendiquant la légitime défense.
Assassinat ? 
Meutre sexuel ?
Crime fasciste ?
Mort prédestinée, mise en scène par Pasolini lui même ?
Autant de questions qui resteront sans réponse.

Toute sa vie, Pasolini est torturé par la mort.
Son adolescence narcissique porte déjà ce sentiment obsédant de la mort.
Dans son premier recueil de poésies: Poesie a Casarsa - 1942- écrit dans le dialecte frioulan, sa langue maternelle, Pasolini se définit un "éternel enfant", "enfant de chair", "enfant de lumière" mais aussi "enfant de mort".
Il n'assumait pas le passage de l'adolescence - le temps des jeux innocents, des baignades dans le Tagliamento, des longues promenades à bicyclette - à la vie d'homme.

En 1945, son jeune frère Guido est assassiné lors d'un combat entre partisans le long d'une frontière Yougoslave. Cette mort restera une constante de sa vie.
Toujours Pasolini portera un sentiment de culpabilité à l'égard de son frère mort héroïquement pour sa patrie - son frère martyr, supplicié, mort dans son enthousiasme de la vie, dans l'innocence de sa jeunesse, dans l'illusion d'un idéal possible.
Pasolini refuse de prendre les mêmes armes que son frère; il prend celles de la poésie, de la langue. A travers des mots, il cherchera à venger, à réparer secrètement le destin barbare de Guido.

La mort de Guido met Pier Paolo sur la voie de la création.
Dès 1945, il engage une forte action culturelle et politique dans le Frioul.
Il fonde l'académie de la langue frioulane et poursuit sa production dialectale.
Il découvre le marxisme à travers la lecture de Grasci.
En 1946, il adhère au Parti Communiste Italien. Il en sera exclu en 1949 pour indignité morale, perdant du même coup sa place d'enseignant.
De plus, le conflit familial qui l'oppose à son père Carlo Alberto, officier d'infanterie, rentré de captivité ne cesse de s'aggraver.
En 1949, il quitte Casarsa pour Rome emmenant avec lui sa mère Susanna, sa mère dont il ne séparera jamais.

"C'est pour ma mère que je suis poète
C'est pour elle que je dois vivre." 
Rome c'est le début d'une autre vie, d'une autre création.
Confronté au sous-prolétariat romain, il se voit réduit pendant deux ans au chômage et à la misère avant de trouver un modeste emploi d'enseignant.

Son père est venu rejoindre la famille à Rome, créant de nouveau une situation fort pénible qui ne prendra fin qu'à sa mort. En 1958, Carlo Alberto Pasolini mourra alcoolique et paranoïaque.
Des bas quartiers romains, de l'enfer des "Borgatari" (banlieusards de Rome, de Ciampino ou de Ponte Mammolo) nait son premier roman: Ragazzi di Vita (Les mauvais garçons)- 1955 - auquel succèdera Una Vita Violenta (Une vie Violente) - 1959- monde de prostituées, de souteneurs, de pédérastes; monde de la corruption d'où sourd une étrange pureté.
Ces deux romans lui valent la notoriété mais il se voit, du même coup intenter un premier procès pour obscènité - procès qui ouvre la voie à une longue série de persécutions judiciaires. 
De 1949 à 1979, Pier Paolo Pasolini n'eut pas moins de 33 procédures à affronter !...

En 1957, il obtient le prix Viareggio avec Le Ceneri di Gramsci (Les cendres de Gramsci), c'est sa première reconnaissance en dehors de la gangue dialectale.
En 1961, il tourne son premier film Accatone, sans même connaître quelques rudiments de la technique cinématographique. Il est convaincu, de trouver par le cinéma un autre langage, une autre poésie, pouvoir enfin atteindre la réalité dans ce qu'elle a d'immédiat.
Sa création poétique et sa production cinématographique tendront à se compléter dans une même recherche: resacraliser l'homme - l'homme d'en bas, né de la nature mère.
En 1964, Il Vangelo secondo Matteo (l'Evangile selon Saint Matthieu) est primé au festival de venise.
En 1964, Poesie in forma di rosa (Poésie en forme de rose) marque un point de rupture: la création Pasolinienne s'obscursit.
Il dénonce son désespoir culturel: l'échec de la révolution - le sous prolétariat n'aspire finalement qu'à la petite bourgeoisie - et l'illusion d'écrire de la poésie - la littérature a perdu toutes capacités de médiation.
Il crie contre l'a-culturation, le fascisme de la consommation, la fausse tolérance, causes d'une dégénérescence de nos sociétés.
En 1975, hanté de manière obsessionnelle par son passé heureux à Casarsa dans une espèce de vitalité désespérée, il revient à son oeuvre première. Il réécrit ses poèmes d'enfance publiés sous le titre: La Nuova Gioventu (La nouvelle Jeunesse).

Teorema (Théorème) -1968/ Porcile (Porcherie) - 1969/ (Salo) - 1975 sont trois cris de désespoir - trois visions apocalyptiques du monde. Trois films qui ramènent le monde au chaos originel, au néant, au désert.

Edipo Re (Oedipe Roi) - 1967 / Medea (Médée) - 1970 sont deux descentes poètiques dans les profondeurs du mythe, aux sources de la civilisation.
Pasolini y découvre, dans sa perception du sacré, de purs symboles autobiographiques.

Il Decameron (Le Decameron) - 1971 / I racconti di Canterbury (Les contes de Canterbury) - 1972- Il fiore delle mille e una notte (Les contes des Mille et une nuits) - 1974-
Trois chefs d'oeuvres de la littérature romanesque médièvale européenne et méditerranéenne. Une triologie de la Vie ou la liberté du corps devient langage: les corps se dénudent, se désirent, s'étreignent, jouissent dans une pleine lumière.
Dans un article publié le 09 novembre 1975, Pier Paolo Pasolini abjure la Trilogia della Vita...

Autour des années 70, la vocation polémique de Pasolini s'intensifie, il entreprend dans la presse - Corriere della Serra, Il Tempo, Il Caos, Vie Nuovi une diagnose pénétrante et visionnaire des désastreux effets sociaux d'un nouveau fascisme fondé sur la jouissance aliénante de biens matériels superflus.

Dans les trois derniers mois de sa vie, il intente un procès public aux plus hauts dignitaires du pouvoir en place, responsables du naufrage de son pays.

L'ensemble de ces articles corrosifs font l'objet de ses deux derniers recueils:
Scritti Corsari (Les écrits Corsaires). Lettere Luterane (Les lettres Luthériennes).

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Merci d'Angela

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